Le bus 69 m’avait déposé comme toujours devant l’entrée du Père Lachaise.
C’est une visite habituelle que je m’autorise dés que je peux, cela tient un peu du pèlerinage, c’est difficile a expliquer, je me rends
sur la tombe d’un homme que je tiens pour être un Dieu, cherchez la logique, moi j’ai abandonné.
La montée est rude et je manque souvent de souffle, mais en prenant mon temps j’y arrive, ah j’étais plus alerte lors de mes première
visites, il y a un peu moins de quarante ans.
Ma première halte est pour Monsieur de Musset, en m’épongeant le front j’entends :
T u l’aimes bien Musset, hein ?
Je cherche autour de moi, me retourne, mais personne n’est là, c’est au contraire une matinée très calme, le flot des touristes n’est pas
pour tout de suite, le petit-déjeuner retient à table tous les curieux et tous les chasseurs de photos.
Je ne vais tout de même pas jouer au skizo en répondant à une voix sans visage.
-ben quoi tu ne l’aimes pas Musset ?
Un chat se frotte contre le bas de mon pantalon, puis finit par le prendre entre ses dents en le secouant aussi fort qu’il lui est
possible de le faire.
(Le chat)-Tu pourrais me répondre au moins….
Tu connais
J'ai perdu ma force et ma vie,
Et mes amis et ma gaieté;
J'ai perdu jusqu'à la fierté
Qui faisait croire à mon génie.
Quand j'ai connu la Vérité,
J'ai cru que c'était une amie ;
Quand je l'ai comprise et sentie,
J'en étais déjà dégoûté.
Et pourtant elle est éternelle,
Et ceux qui se sont passés d'elle
Ici-bas ont tout ignoré.
Sans réfléchir je continue
Dieu parle, il faut qu'on
lui réponde.
Le seul bien qui me reste au monde
Est d'avoir quelquefois pleuré.
(Le chat)-Et bien tu vois bien que tu l’aimes Musset, j’étais certain que tu
connaissais ce poème.
-Parce que toi tu le connais, un vieux chat miteux sorti de mes rêves, voila ce que tu es, et je refuse de discuter avec une apparition,
je vais te dire mistigri, tu m’importunes !
(Le chat)-ah oui !!! passe ton chemin alors ! Remarque, je n’ai pas besoin de te suivre, parce que je sais où tu vas, d’ailleurs tu vas toujours au même endroit.
-allez ouste, trouve toi quelqu’un d’autre, je n’ai pas envie d’entendre tes divagations qui sont sans doute les miennes de
surcroit !
(Le chat)-hé du calme ! Je te connais, je t’aime bien. Crois-tu que je
m’adresse à tout le monde comme ça ?
T’avais quel âge la première fois que je t’ai vu ?
Douze ans peut être, tu étais perdu, tu n’avais pas de plan, et c’est en entendant
miauler que tu as vu la sépulture que tu cherchais. Tu te souviens ?
-Oui c’est vrai que j’ai mis du temps à trouver mon chemin.
(Le chat)-Tiens tu vois cet arbre là bas, j’y ai fait mes griffes alors que ce
n’était qu’un arbrisseau.
-Ah parce que maintenant je parle avec Mathusalem !
(Le chat)-Tu n’as jamais entendu parler des neuf vies d’un
chat ?
-Si
(Le chat)-Et bien elles ne se succèdent pas forcement grand malin !, si je te
dis que j’ai vu planter cet arbre c’est que je l’ai vu ! Pourquoi te mentirais-je ?
-Admettons !
(Le chat)-Allez suis moi, je vais te montrer un raccourci.
-Oui mais vas doucement je n’ai pas quatre pattes moi !
(Le chat)-J’ai toujours dit que vous étiez mal foutus !
-C’est malin !
Nous sommes arrivés tous deux dans ce matin ensoleillé à quelque pas du but de ma visite.
(Le chat)-Je te laisse à présent, tu peux dire que celui que tu vas voir
est pleuré autant qu’il le fut le jour se arrivée ici.
-Tu étais là ?
(Le chat)-Oui
-Te reverrai-je ?
(Le chat)-Peut-être si tu as une autre vie !!!
Il est parti sans se retourner, et en redescendant j’ai posé ma main sur un très vieil arbre qui portait d’anciennes traces de griffes à
peine visibles…
Pour une consigne des impromptus litteraires
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