François René de Chateaubriand  (1768†1848)

 

Si  l’on aime  voyager au cœur du XIX ème siècle, la rencontre avec Monsieur de Chateaubriand est inévitable, avec lui nous contemplons le crépuscule d’un monde, nous admirons l’aube du prochain.

Lorsque je lis la conclusion des mémoires, je veux croire que  les brises marines lui chuchotent combien notre cœur est plein du sien…

Francois-Rene-de-Chateaubriand

 

Notre cœur est un instrument incomplet, une lyre où il manque des cordes, et où nous sommes forcés d rendes les accents de la joie sur le ton consacré aux soupirs.

 

« Homme, la saison de ta migration n’est pas encore venue ; attends que le vent de la mort se lève, alors tu déploieras ton vol vers ces régions inconnues que ton cœur demande. »

                                                                                                                                          René  (1802)

 

***************

 

Venise est là, assise sur le rivage de la mer, comme une belle femme qui va s’étendre avec le jour ; le vent du soir soulève ses cheveux embaumés ; elle meurt saluée par toutes les grâces et tous les sourires de la nature.

                                                                                         Les mémoires d’outre-tombe

 

 

Combien de temps me promènerai-je au bord des bois ?

Mettons à profit le peu d’instants qui me restent ; hâtons-nous de peindre ma jeunesse, tandis que j’y touche encore : le navigateur, abandonnant pour jamais un rivage enchanté, écrit son journal à la vue de la terre qui s’éloigne et qui va bientôt  disparaître.

                                                                                         Les mémoires d’outre-tombe

 

 

Il est six heures du main ; j’aperçois la lune pâle et élargie ; elle s’abaisse sur la flèche des Invalides à peine révélée par le premier rayon doré de l’Orient ; On dirait que l’ancien monde finit, et que le nouveau commence. Je vois les reflets d’une aurore dont je ne verrai pas se lever le soleil

Il ne me reste qu’à m’assoir au bord de ma fosse ; après-quoi je descendrai hardiment, le crucifix à la main, dans l’éternité.

                                                                                         Les mémoires d’outre-tombe

 

la tomba di Chateaubriand

 

 

 

 

 

 

Friedrich von Hardenberg dit Novalis

                                     1772 †1801)

 


Friedrich von Hardenberg dit Novalis

 

 

 

Novalis suit les cours de Von Schiller à l’université d’Iéna et se prend en amitié avec les frères Schlegel dont l’idéalisme l’influence profondément.

En 1795, il tombe follement amoureux de la jeune Sophie von Kühn, qui mourra deux ans plus tard, victime de la phtisie.

Effondré par la douleur, le jeune homme se réfugie dans une forme mystique de la poésie.

Il écrit, alors,  les merveilleux hymnes à la nuit.

 

Un jour où je versais des larmes amères, où mon espoir s’évanouissait en douleur, où je me tenais solitaire près du tertre aride dont l’étroite cellule de ténèbres enferme celle qui fut ma vie, solitaire comme jamais nul ne fut solitaire, sans force, réduit à une seule pensée de détresse ; comme je cherchais des yeux un secours,  incapable d’avancer ni de reculer, cramponné de tout mon immense regret à cette vie qui me fuyait et s’’eteignait, voici que des hauteurs azurées, des cimes de mon bonheur passé, un obscur frisson descendit sur moi, et soudain je sentis se rompre le lien de la naissance la chaîne de la lumière.

Disparue, la splendeur terrestre et mon deuil avec elle, ma tristesse reflua pour donner naissance à un monde neuf, insondable.

 Ferveur des nuits, sommeil sacré, tu t’emparas de moi.

Le paysage sembla monter  dans les airs.

Au dessus du paysage planait mon esprit libéré, régénéré.

Le tertre s’évanouit en un nuage de poussière, à travers cette poussière, j’entrevis les traits glorieux de la bien-aimée.

Au fond de ses yeux luisait l’éternité, jr lui pris les mains et les larmes formèrent entre –nous une chaîne étincelante, infrangible.

Des millénaires s’enfuirent à l’horizon, pareils à des nuées d’orage,

Suspendu à son cou, j’inondais de pleurs de délices l’aurore de la vie nouvelle.

Ce fut là, le premier, le seul rêve, et c’est alors qu’est née en mon cœur une foi éternelle et immuable au ciel de la nuit et à celle qui en est la lumière ; La bien-aimée.

IIIe hymne

 

 

Lettre de Frédéric Chopin




 

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Je me souviens avec grande émotion de mes premières classes au conservatoire de quartier.
Je n’avais que six ou sept ans et j’étais tout bonnement conquis par l’atmosphère qui y régnait.
C’était encore de vieilles écritoires inclinées qui nous servaient de bureaux, le maître de cours se tenait sur une petite estrade et nous considérait, un peu sévère, derrière son pupitre. Il nous donnait le tempo et tout en marquant les temps de nos avants bras droits, nous apprenions à lire nos premières notes dans les vieux manuels de solfège ; L’ambiance était studieuse mais je l’adorais.
Il semblait naître une magie de cet ensemble maladroit et hésitant.
Comme j’aimerais pouvoir encore m’asseoir dans cette petite salle et renaître pour un instant dans la peau de ce petit garçon qui avide et curieux voulait dévorer le monde en rêvant.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour papier libre

 

 

Comme mon cœur a battu la première fois que j’ai gravi ce petit escalier de pierre, la pauvre rose que je tenais à la main me faisait souffrir, elle était si misérable, j’aurais voulu apporter une gerbe à la dimension de ma passion.

Je me souviens de l’image d’un très vieil arbre penché, il semblait vouloir abriter de son ombre les pèlerins fatigués, car nous sommes une légion de pèlerins, nous ne nous connaissons pas, nous venons des quatre coins du monde, mais  nous  parlons  tous la même langue, celle de la musique, et nous nous succédons jour après jour, depuis un siècle et demi sur cette allée pavée de notre gratitude infinie, de notre admiration sans limite, de notre culte.

Je sens encore aujourd’hui la lumière qui réchauffa mon âme lorsqu’arrivé au but je déposai timidement ma fleur malingre.

J’avais alors à peine douze ans, aujourd’hui mes fleurs sont plus belles, mon souffle plus court, mais ma passion est la même.

Au sommet du petit escalier de pierre,  à droite dans l’allée, dort le plus grand musicien que Dieu nous ait donné…

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