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Sophie D, Nathalie J, Florence E et Marc G nous rejoignirent en un temps assez court. Les filles avaient la même fonction que moi et le jeune homme qui était dessinateur industriel avait pris en charge les contrôles sur plan et les audits dans l’atelier. C’était un garçon très introverti qui ne parlait pas, qui rougissait dès que nous lui adressions la parole et qui se faisait houspiller régulièrement par notre chef de service qui, nous l’avons toujours soupçonné, s’amusait de son trouble. Il était aussi le souffre douleur des gens de l’atelier qui détestait ce qu’il prenait pour une attitude hautaine lorsqu’il procédait au audits internes mais qui n’était que te la timidité exacerbée.. Le travail consistait à prélever des pièces sur les lignes et à consigner dans un rapport tous les disfonctionnements ou les défauts de montages en faisant apparaître le n° matricule des personnes concernées. Les filles elles se montaient très sympathiques tout en mettant au point des stratagèmes élaborés pour se placer au mieux dans cette jeune équipe. J’avoue que je fus bien long à m’en rendre compte et que je ne fis jamais rien pour les imiter, non par grandeur d’âme mais plutôt par désintérêt pour ce genre d’actions. Chacun de nous se spécialisa dans un domaine précis, et je fus affecté en tant que contrôleur au service chargé de travailler l’aluminium. Florence D devint une très bonne amie et je suis le parrain de sa fille aînée. Marc se montrait de plus en plus mal à l’aise parmi nous et coupait court lorsque je tentais d’établir une relation amicale avec lui. Nous apprîmes qu’il passait un examen pour devenir gendarme et un lundi matin il ne se présenta pas. Le chef de service était en train de faire  des remarques désagréables au sujet de son retard quand le téléphone sonna, il prit l’appel et devint extrêmement pâle, il s’assit après avoir raccroché et nous dit : « Marc s’est suicidé d’un coup de fusil dans la tête dans un petit bois près de chez lui hier » Nous éclatâmes tous en sanglots. Chacun d’entre nous se sentait responsable, puisque personne n’avait jamais réussi à établir un contact avec ce garçon si discret.

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Ce matin elle était là! Toute éreintée de son voyage et déjà affairée à trouver sa pitance. Ce matin elle venait m'offrir un petit cadeau au réveil. Gentille hirondelle tu es l'hôte de la maison la plus fidèle.
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J’avais passé deux autres années sur cette ligne de prépa et je m’étais fait une excellente amie du responsable de ligne. C’était quelqu’un d’enjoué, de profondément humain et qui débordait de bonne humeur malgré son malheur caché, elle ne pouvait pas avoir d’enfant.

 

 

Un jour que j’étais affairé à assembler des serrures la secrétaire d’atelier vint me voir et me dit que le directeur général voulait me parler immédiatement. Je me dirigeai vers le bureau directorial avec une certaine crainte, il était déjà arrivé que les collègues soient ainsi convoquer pour se faire remettre un blâme après que leur N° matricule eût été remonté par un client insatisfait.

 

 

Il me fit asseoir et après m’avoir dit que notre usine était en pleine expansion, il m’indiqua que nous allions être dotés d’un service qualité qui aurait à sa tête un jeune ingénieur Gilles D et que le recrutement de son personnel se ferait en interne. Il m’exposa brièvement ce qu’était un tel service et me demanda si j’acceptais d’être la première recrue. J’acceptai bien entendu en me disant que c’était une chance et que mon salaire serait revu à la hausse.

 

 

Ce n’est pas sans une certaine nostalgie que j’abandonnai ce groupe auquel je m’étais si bien intégré pour devenir de que l’on appelait «  ceux des bureaux ».

 

 

Gilles D était un homme de rigueur et d’un très grand professionnalisme, il m’a appris tout ce que je sais aujourd’hui, mais il n’était guère pédagogue et je dus en quelques semaines lire un plan, me servir d’appareils de mesures, déchiffrer adroitement les cahiers des charges pour devenir le premier contrôleur réception de la seconde firme de bagages mondiale.

 

 

Je demeurai huit mois, seul, avec mon mentor et je devins rapidement efficace, mais je me sentais mal à l’aise envers mes anciens camarades qui guettaient à chaque rencontre si un changement s’était fait en moi. Le comble fut atteint lorsqu’on me demanda officieusement de déjeuner au restaurant d’entreprise avec les employés et donc de déserter les tables des ouvriers. Je n’étais pas rebelle et je décidais donc de manger dans ma voiture afin d’indisposer personne.
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Les nuages couraient sur la lune enflammée
Comme sur l'incendie on voit fuir la fumée,
Et les bois étaient noirs jusques à l'horizon.
Nous marchions sans parler, dans l'humide gazon,
Dans la bruyère épaisse et dans les hautes brandes,
Lorsque, sous des sapins pareils à ceux des Landes,
Nous avons aperçu les grands ongles marqués
Par les loups voyageurs que nous avions traqués.
Nous avons écouté, retenant notre haleine
Et le pas suspendu. -- Ni le bois, ni la plaine
Ne poussait un soupir dans les airs ; Seulement
La girouette en deuil criait au firmament ;
Car le vent élevé bien au dessus des terres,
N'effleurait de ses pieds que les tours solitaires,
Et les chênes d'en-bas, contre les rocs penchés,
Sur leurs coudes semblaient endormis et couchés.
Rien ne bruissait donc, lorsque baissant la tête,
Le plus vieux des chasseurs qui s'étaient mis en quête
A regardé le sable en s'y couchant ; Bientôt,
Lui que jamais ici on ne vit en défaut,
A déclaré tout bas que ces marques récentes
Annonçait la démarche et les griffes puissantes
De deux grands loups-cerviers et de deux louveteaux.
Nous avons tous alors préparé nos couteaux,
Et, cachant nos fusils et leurs lueurs trop blanches,
Nous allions pas à pas en écartant les branches.
Trois s'arrêtent, et moi, cherchant ce qu'ils voyaient,
J'aperçois tout à coup deux yeux qui flamboyaient,
Et je vois au delà quatre formes légères
Qui dansaient sous la lune au milieu des bruyères,
Comme font chaque jour, à grand bruit sous nos yeux,
Quand le maître revient, les lévriers joyeux.
Leur forme était semblable et semblable la danse ;
Mais les enfants du loup se jouaient en silence,
Sachant bien qu'à deux pas, ne dormant qu'à demi,
Se couche dans ses murs l'homme, leur ennemi.
Le père était debout, et plus loin, contre un arbre,
Sa louve reposait comme celle de marbre
Qu'adorait les romains, et dont les flancs velus
Couvaient les demi-dieux Rémus et Romulus.
Le Loup vient et s'assied, les deux jambes dressées
Par leurs ongles crochus dans le sable enfoncées.
Il s'est jugé perdu, puisqu'il était surpris,
Sa retraite coupée et tous ses chemins pris ;
Alors il a saisi, dans sa gueule brûlante,
Du chien le plus hardi la gorge pantelante
Et n'a pas desserré ses mâchoires de fer,
Malgré nos coups de feu qui traversaient sa chair
Et nos couteaux aigus qui, comme des tenailles,
Se croisaient en plongeant dans ses larges entrailles,
Jusqu'au dernier moment où le chien étranglé,
Mort longtemps avant lui, sous ses pieds a roulé.
Le Loup le quitte alors et puis il nous regarde.
Les couteaux lui restaient au flanc jusqu'à la garde,
Le clouaient au gazon tout baigné dans son sang ;
Nos fusils l'entouraient en sinistre croissant.
Il nous regarde encore, ensuite il se recouche,
Tout en léchant le sang répandu sur sa bouche,
Et, sans daigner savoir comment il a péri,
Refermant ses grands yeux, meurt sans jeter un cri.

J'ai reposé mon front sur mon fusil sans poudre,
Me prenant à penser, et n'ai pu me résoudre
A poursuivre sa Louve et ses fils qui, tous trois,
Avaient voulu l'attendre, et, comme je le crois,
Sans ses deux louveteaux la belle et sombre veuve
Ne l'eût pas laissé seul subir la grande épreuve ;
Mais son devoir était de les sauver, afin
De pouvoir leur apprendre à bien souffrir la faim,
A ne jamais entrer dans le pacte des villes
Que l'homme a fait avec les animaux serviles
Qui chassent devant lui, pour avoir le coucher,
Les premiers possesseurs du bois et du rocher.

Hélas ! ai-je pensé, malgré ce grand nom d'Hommes,
Que j'ai honte de nous, débiles que nous sommes !
Comment on doit quitter la vie et tous ses maux,
C'est vous qui le savez, sublimes animaux !
A voir ce que l'on fut sur terre et ce qu'on laisse
Seul le silence est grand ; tout le reste est faiblesse.
- Ah ! je t'ai bien compris, sauvage voyageur,
Et ton dernier regard m'est allé jusqu'au coeur !
Il disait : " Si tu peux, fais que ton âme arrive,
A force de rester studieuse et pensive,
Jusqu'à ce haut degré de stoïque fierté
Où, naissant dans les bois, j'ai tout d'abord monté.
Gémir, pleurer, prier est également lâche.
Fais énergiquement ta longue et lourde tâche
Dans la voie où le Sort a voulu t'appeler,
Puis après, comme moi, souffre et meurs sans parler. "

 

Juste pour l'amour profond que je porte à ce texte.


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Lorsque je suis arrivé dans cette fabrique de bagages j’avais 20 ans et, il faut bien le dire, c’est plutôt à reculons que j’ai franchi la porte d’entrée.

Nous étions plus de 800 à travailler à la chaîne ou sur des presses à injection, les plus vieux de la bande avaient 25 ans.

Le travail était exigent et la discipline très sévère mais à la fin des postes les roucoulements faisaient concurrence à ceux des colombes, les fiançailles et les mariages étaient monnaie courante..

Rares étaient ceux qui possédaient une voiture et le parking des deux roues étaient bien plus grand que celui des automobiles.

Je suis resté deux ans à travailler aux presses et je ne m’y suis pas fait d’ami tout juste une ou deux relations, je n’étais pas bavard et ce monde de l’industrie me terrorisait, j’avais la sourde hantise de m’abêtir à demeurer toute la journée devant cette machine qui crachait à rythme régulier de petites pièces de plastique, j’avais rêvé de faire de la musique ma vie mais la vie en avait décidé autrement.

Je fus ensuite muté sur une ligne de préparation qui regroupaient, en gros, les femmes enceintes et les gens ayant un petit problème de santé.

Les premières semaines j’ai bien cru ne pas pouvoir tenir le coup, j’avais l’impression de vivre parmi des fous, les rires fusaient dès le départ du chef, il arrivait même qu’une personne fasse le guet pendant que deux ou trois de ses camarades allaient griller une cigarette terrée derrière une porte coupe feu comme des voleurs.

Petit à petit ils réussirent à m’apprivoiser et bientôt mon rire se mêlait aux leurs et tout à tour je faisais le guet ou le fumeur.

Nous travaillions souvent dix à onze par jours et six jours de la semaine mais le soir venu au lieu que chacun rentre chez soi en se dépêchant, il était fréquent que nous passions encore un quart d’heure à discuter et à rigoler devant la grille.

Nous étions heureux mais nous ne le savions pas.

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