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Imaginons que soudain, toutes les télévisions, que toutes les radios de France, que toutes les pages d’accueil sur le net se taisent ou deviennent écrans noirs et qu’un seul et unique message s’adresse à nous.

MOBILISATION GENERALE

Quelle serait notre réaction, irions nous servir la patrie, comme avant nous nos aïeux, en lui offrant notre corps comme de la viande  distribuée à volonté  à un immonde géant insatiable.

Abandonnerions-nous femme et enfants pour faire notre devoir ?

Le devoir, l’honneur  ces mots devraient être imprimés dans nos manuels d’histoire couleur sang.

Et bien moi ce serait non !

Je ne veux être transformé  pour personne en objet de mort !

Je veux croire en la réconciliation des peuples, de tous les hommes.

Je veux que sur ma tombe soit inscrit « mort en aimant les autres » et non pas « mort pour un pays ».

 

 

 

Monsieur le Président
Je vous fais une lettre
Que vous lirez peut-être
Si vous avez le temps
Je viens de recevoir
Mes papiers militaires
Pour partir à la guerre
Avant mercredi soir
Monsieur le Président
Je ne veux pas la faire
Je ne suis pas sur terre
Pour tuer des pauvres gens
C'est pas pour vous fâcher
Il faut que je vous dise
Ma décision est prise
Je m'en vais déserter

Depuis que je suis né
J'ai vu mourir mon père
J'ai vu partir mes frères
Et pleurer mes enfants
Ma mère a tant souffert
Elle est dedans sa tombe
Et se moque des bombes
Et se moque des vers
Quand j'étais prisonnier
On m'a volé ma femme
On m'a volé mon âme
Et tout mon cher passé
Demain de bon matin
Je fermerai ma porte
Au nez des années mortes
J'irai sur les chemins

Je mendierai ma vie
Sur les routes de France
De Bretagne en Provence
Et je dirai aux gens:
Refusez d'obéir
Refusez de la faire
N'allez pas à la guerre
Refusez de partir
S'il faut donner son sang
Allez donner le vôtre
Vous êtes bon apôtre
Monsieur le Président
Si vous me poursuivez
Prévenez vos gendarmes
Que je n'aurai pas d'armes
Et qu'ils pourront tirer

 

 

Boris Vian
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Nous étions partis ma cousine Christiane, un guide de Chamonix et moi à l’assaut (mot présomptueux pour décrire une petite ascension mais qui fait plaisir) de l’index, après une première longueur de corde nous fûmes pris sous de petites chutes de pierres régulièrement.

Le guide pesta et cria

_ « pierres, pierres ! Attention la haut ! »

Malgré cela ça continua et nous tentâmes à notre tour de prévenir les responsables en criant en cœur

-« pierres faites attention merde !!! »

Et le soleil dans les yeux au détour d’une vire nous aperçûmes le coupable.

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Les nuages couraient sur la lune enflammée
Comme sur l'incendie on voit fuir la fumée,
Et les bois étaient noirs jusques à l'horizon.
Nous marchions sans parler, dans l'humide gazon,
Dans la bruyère épaisse et dans les hautes brandes,
Lorsque, sous des sapins pareils à ceux des Landes,
Nous avons aperçu les grands ongles marqués
Par les loups voyageurs que nous avions traqués.
Nous avons écouté, retenant notre haleine
Et le pas suspendu. -- Ni le bois, ni la plaine
Ne poussait un soupir dans les airs ; Seulement
La girouette en deuil criait au firmament ;
Car le vent élevé bien au dessus des terres,
N'effleurait de ses pieds que les tours solitaires,
Et les chênes d'en-bas, contre les rocs penchés,
Sur leurs coudes semblaient endormis et couchés.
Rien ne bruissait donc, lorsque baissant la tête,
Le plus vieux des chasseurs qui s'étaient mis en quête
A regardé le sable en s'y couchant ; Bientôt,
Lui que jamais ici on ne vit en défaut,
A déclaré tout bas que ces marques récentes
Annonçait la démarche et les griffes puissantes
De deux grands loups-cerviers et de deux louveteaux.
Nous avons tous alors préparé nos couteaux,
Et, cachant nos fusils et leurs lueurs trop blanches,
Nous allions pas à pas en écartant les branches.
Trois s'arrêtent, et moi, cherchant ce qu'ils voyaient,
J'aperçois tout à coup deux yeux qui flamboyaient,
Et je vois au delà quatre formes légères
Qui dansaient sous la lune au milieu des bruyères,
Comme font chaque jour, à grand bruit sous nos yeux,
Quand le maître revient, les lévriers joyeux.
Leur forme était semblable et semblable la danse ;
Mais les enfants du loup se jouaient en silence,
Sachant bien qu'à deux pas, ne dormant qu'à demi,
Se couche dans ses murs l'homme, leur ennemi.
Le père était debout, et plus loin, contre un arbre,
Sa louve reposait comme celle de marbre
Qu'adorait les romains, et dont les flancs velus
Couvaient les demi-dieux Rémus et Romulus.
Le Loup vient et s'assied, les deux jambes dressées
Par leurs ongles crochus dans le sable enfoncées.
Il s'est jugé perdu, puisqu'il était surpris,
Sa retraite coupée et tous ses chemins pris ;
Alors il a saisi, dans sa gueule brûlante,
Du chien le plus hardi la gorge pantelante
Et n'a pas desserré ses mâchoires de fer,
Malgré nos coups de feu qui traversaient sa chair
Et nos couteaux aigus qui, comme des tenailles,
Se croisaient en plongeant dans ses larges entrailles,
Jusqu'au dernier moment où le chien étranglé,
Mort longtemps avant lui, sous ses pieds a roulé.
Le Loup le quitte alors et puis il nous regarde.
Les couteaux lui restaient au flanc jusqu'à la garde,
Le clouaient au gazon tout baigné dans son sang ;
Nos fusils l'entouraient en sinistre croissant.
Il nous regarde encore, ensuite il se recouche,
Tout en léchant le sang répandu sur sa bouche,
Et, sans daigner savoir comment il a péri,
Refermant ses grands yeux, meurt sans jeter un cri.

J'ai reposé mon front sur mon fusil sans poudre,
Me prenant à penser, et n'ai pu me résoudre
A poursuivre sa Louve et ses fils qui, tous trois,
Avaient voulu l'attendre, et, comme je le crois,
Sans ses deux louveteaux la belle et sombre veuve
Ne l'eût pas laissé seul subir la grande épreuve ;
Mais son devoir était de les sauver, afin
De pouvoir leur apprendre à bien souffrir la faim,
A ne jamais entrer dans le pacte des villes
Que l'homme a fait avec les animaux serviles
Qui chassent devant lui, pour avoir le coucher,
Les premiers possesseurs du bois et du rocher.

Hélas ! ai-je pensé, malgré ce grand nom d'Hommes,
Que j'ai honte de nous, débiles que nous sommes !
Comment on doit quitter la vie et tous ses maux,
C'est vous qui le savez, sublimes animaux !
A voir ce que l'on fut sur terre et ce qu'on laisse
Seul le silence est grand ; tout le reste est faiblesse.
- Ah ! je t'ai bien compris, sauvage voyageur,
Et ton dernier regard m'est allé jusqu'au coeur !
Il disait : " Si tu peux, fais que ton âme arrive,
A force de rester studieuse et pensive,
Jusqu'à ce haut degré de stoïque fierté
Où, naissant dans les bois, j'ai tout d'abord monté.
Gémir, pleurer, prier est également lâche.
Fais énergiquement ta longue et lourde tâche
Dans la voie où le Sort a voulu t'appeler,
Puis après, comme moi, souffre et meurs sans parler. "

 

Juste pour l'amour profond que je porte à ce texte.


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Ma ciboulette pousse à nouveau et offre au jardin ses tout premiers brins à mes salades printanières, pourtant l’année passée un drame s’y est joué. A l’époque où les fleurs attirent les insectes, un gros bourdon est venu les butiner. Je m’amusais beaucoup à le voir œuvrer avec autant d’ardeur et d’acharnement, souvent je le retrouvais en plein après midi, inerte, sur une fleur, sans doute trop lourd de pollen ou trop fatigué pour poursuivre son labeur dans se reposer. Un soir pourtant, je le retrouvais toujours dans la même position que quelques heures plus tôt, figé dans une immobilité plus inquiétante et lorsque le lendemain matin je le recueillis au creux de ma main, je dus bien constater qu’il avait cessé de vivre. Michel Polmareff a écrit avec raison dans une de ses chansons « que la différence c’est le chagrin » et ce fut bien du chagrin que j’éprouvais ce jour là. Je l’ai déposé du mieux que j’ai pu, dans un petit trou creusé auprès du pied des fleurs qu’il avait tant aimé. A présent, lorsque je vais cueillir un peu de ces herbes, j’ai une pensée émue pour le petit être qui repose là.

 

 

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