La journée fut si chaude que mon esprit en est embrumé, comme troublé par la déformation que fait la chaleur sur le macadam.
J’ai rêvé toute ses heures, pendant que j’étais captif de mon
entreprise, de pouvoir me doucher et d’aller ensuite m’avachir dans mon vieux fauteuil, et voila qu’au moment où cela devient possible je décide de
partir me promener sur la colline.
J’ai conscience que c’est une décision grotesque, la chaleur
terrasserait encore un buffle et pourtant je suis déjà sur le sentier, la végétation est brûlée, l’air étouffant, mais cette voix ne cesse de me dire de poursuivre ma
marche.
Elle m’obsède
depuis des jours, je me dis que si je lui obéi, elle finira bien par se taire, mais je n’arrive pas à lui échapper, elle a un avis sur tout, me commande, je devrais plutôt dire me suggère
habilement chacun de mes actes.
Elle me rend complètement dingue, elle m’empêche de manger, de
dormir, elle m’interdit même d’écrire ou de jouer du piano.
Je sais que c’est la fatigue, ça va passer, mais ne suis-je pas
tout de même sur cette colline au lieu de prendre le frais !
Mais qu’est ce que je fais là ?
J’ai dû marcher un bon moment et d’ailleurs le soleil a bien
décliné, c’est assez étrange car je ne suis pas particulièrement fatigué, pas assoiffé non plus.
C’est une chance car je n’ai même pas pris la précaution
d’emporter avec moi une gourde.
Soudain je découvre « la chapelle
abandonnée ».
C’est une ruine difficile à définir, Les herbes folles ont poussé au travers de ses vieilles pierres et son appui érodé sur les pierres surplombant le lac la rend fantasmagorique.
Je suis très surpris d’avoir parcouru tout ce chemin, j’ignorais l’existence de ce lac et pourtant je le reconnais, je jurerais d’être aux abords du lac des gaillands.
Sans même y réfléchir je descends les quelques marches
glissantes, je ne peux que me retrouver au raz de l’eau et pourtant ce n’est pas le cas.
Une sorte de salle s’ouvre devant moi, j’y vois assez pour
avancer sans risquer une chute.
Je suis intrigué et terrifié à la
fois…
Alors je que j’ai une envie folle de fuir, de courir à toutes
jambes, j’entreprends de visiter le lieu, mes pas résonnent comme dans une cathédrale, je me trouve après quelques pas devant une lourde porte de bois, son apparence laisse voir son grand âge
mais elle est en parfait état.
Une nouvelle foi mon instinct me commande de m’enfuir mais je
demeure là, immobile, et déjà ma main pousse la porte qui malgré son poids s’ouvre de bonne grâce.
Je découvre une
nouvelle salle, plus sombre que la première, mais la lumière passe encore suffisamment pour ne pas être aveugle, je n’ai aucune idée d’où cette clarté peut venir mais le fait est que je peux me déplacer assez aisément.
Au fond je vois une sorte de lit de
pierre.
Je pourrais m’y reposer un moment.
C’est calme,
pas si inhospitalier qu’il semblait de prime abord, je peux prendre un peu de repos et regagner la maison en trouvant une explication à ma disparition.
Disparition ?
Mais en est-ce une?
Où suis-je vraiment?
Quelle est cette réalité, je n’en ai plus la moindre idée, je
ressens juste une sorte de sérénité, je ne me pose pas vraiment de question, j’ai le sentiment d’être à l’abri de tout, d’être débarrassé de mes éternelles angoisses, du carcan de mes peurs et de
mes doutes.
Mon cœur bat aussi tranquillement que dans le passé, je suis
surpris de me trouver si bien sur cette pierre, sa fraicheur semble transcender mon corps.
Je ne sais pas si j’invente cette musique qui m’apaise ou si
elle existe, ça n’a guère d’importance, temps qu’elle parle à mon âme je suis parfaitement en sécurité.
Comme la vie est simple ici, Dieu, cette fois je crois que je suis heureux pour la première fois et c’est un sentiment fabuleux!
Que jamais cela ne finisse, jamais, c’est mon seul
souhait.
Cette musique est si belle….
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