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Les jeunes gens se fréquentèrent assidûment durant plus de deux ans.

Ils apprirent à s’apprécier, à s’apprivoiser.

Jean obtint une place de chef de service au sein d’une grosse firme de l’industrie du médicament, où il avait en charge l’ensemble du parc automobile.

Son salaire, dorénavant confortable, lui permit de trouver un petit appartement au troisième étage proche des puces à Saint Ouen.

Les conditions réunies, ils se marièrent le 19+ mars 1855, dans une intimité restreinte.

Il n’y eut pas de cérémonie à l’église car, Jean encore marqué par la séparation de ses parents et le récent divorce de sa sœur, refusa de s’engager religieusement et décida que si son union passait le cap des dix ans, alors et alors seulement il se présenterait  devant un prêtre.

Marie, quoi que déçue par cette décision, s’inclina et accepta de commencer sa vie de femme sans le sacrement catholique.

Ils étaient tous deux très amoureux de musique et durant quatre années ils partagèrent leurs loisirs entre les spectacles à l’Olympia, les opérettes etc.

Même s’ils se montraient frileux face au classique, Jean adorait le premier concerto pour piano de Tchaïkovski et Marie était particulièrement sensible aux « grands airs » d’opéra.

Bon sang ne saurait mentir !

La station balnéaire de Cabourg et la Dordogne, où se trouvait une branche de la famille, accueillaient les jeunes gens en vacances.

Rien ne semblait présager qu’un évènement allait bouleverser le rythme de cette vie agréable…

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Pour sa part, il avait connu une enfance moins dure même si tout n’avait pas été rose.

Ses parents s’étaient séparés peu après sa naissance et il avait été élevé par sa mère, qui était surveillante générale d’un hôpital de la proche banlieue.

Jean était l’enfant non désiré d’un couple en plein naufrage et il ne connut guère l’amour parental, auquel tous les enfants devraient avoir droit.

Son père, Adolphe,  qui se faisait appeler René car il n’était pas facile de porter le prénom d’un des plus grands criminels de l’humanité, était un joueur invétéré, pas un méchant homme, simplement incapable de faire face à ses obligations de chef de famille.

Germaine, son épouse, n’avait que deux grands intérêts dans la vie.

En tout premier lieu, elle se dévouait corps et âme à sa carrière professionnelle, il faut dire qu’elle s’était construite toute seule et avait gravit les échelons de façon spectaculaire.

En second lieu, elle entourait et aidait sa fille, l’aînée, malheureusement cet amour était cultivé souvent au détriment du cadet, qui à ses yeux,  représentait le symbole de son mariage raté.

Afin de quitter le plus rapidement possible cette ambiance si lourde, il renonça à poursuivre ses études et entra en apprentissage de mécanique automobile.

Il s’assuma très tôt et put avant sa majorité emménager dans un petit meubler Denisien…
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Elle avait connu une enfance particulièrement difficile.

Son père avait trouvé la mort alors q’il tentait d’échapper au service du travail obligatoire, ce qui représentait à ses yeux, une collaboration insupportable avec l’ennemi.

Sa mère s’était éteinte juste après la guerre à l’age de trente sept ans, victime des terribles privations qu’elle s’était imposée pour assurer la pitance à ses quatre filles.

La fratrie avait été, par la suite, recueillie par une tante qui n’avait eu de cesse que de faire payer aux enfants ce qu’elle considérait comme une mésalliance entre son frère Lucien et une italienne.

Une ritale !!

Marie, qui portait le plus visiblement ses origines devint très vite sa tête de turc et du subir jusqu’à sa majorité mauvais traitements et humiliations de cette parente obtuse.

A ses vingt et un an, elle trouva du travail chez une blanchisseuse du XXème arrondissement qui lui laissa très vite la direction totale de la petite boutique, et c’est là qu’elle avait rencontré Jean…

 
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Le passé lui revenait par vagues, il reprit l’album et se mit à le feuilleté.

C’était un peu comme un press book dont il était la vedette..

Chaque photo correspondait à un stade de sa vie.

Cette vie, qui à l’aube de ses cinquante ans, lui paraissait si loin…

Tout avait commencé par la rencontre d’une jeune blanchisseuse avec un jeune mécanicien dans les années cinquante.

Lorsqu’elle l’avait vu, elle avait su.

C’était un peu comme dans les livres qu’elle aimait tant, le coup de foudre, le doigt du destin, le signe du ciel, il n’y avait aucun doute, il était l’homme de sa vie.

Lui, de son côté, naviguait de conquête en conquête.

Son physique avantageux lui valait de connaître une vie légère à laquelle il s’adonnait avec un plaisir non dissimulé.

Marie, elle, était la femme d’un seul amour.

Elle avait entrepris, avec détermination, de repérer le lieu de travail de Jean et pour se faire, elle passait systématiquement devant tous les garages de Saint denis.

Le hasard lui sourit lorsqu’elle le découvrit, un soir, en train de s’affairer autour d’une panhard.

Il fut rapidement sensible au charme de cette jolie demoiselle qui passait  de temps en temps devant le porche.

Pensez !

Elle était plus que belle, superbe.

Une longue chevelure bouclée, noire jais, des yeux bruns malicieux, et un sourire à faire chavirer n’importe quel garçon.

Le mécano venait d’entrer en amour, mais celui-ci c’était le vrai…
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Il avait passé une grande partie de l’après-midi à échanger par le biais d’une messagerie instantané avec une personne qui avait décidé, contre vent et marrée, de lui venir en aide.

Quelqu’un avec un cœur énorme et qui ne renonçait jamais à tendre une main secourable.

Tout d’abord réticent, il avait fini par abandonner sa pudeur, il avait raconté, décrit ce qui lui rongeait l’âme chaque jour un peu plus.

L’anonymat du net l’avait aidé, il avait pu se dévoiler sans  être inquiété par le regard de l’autre.

Le soir venu il avait sorti un vieil album de famille qui n’avait pas été ouvert depuis des années.

Il  en avait tiré une photo qu’il caressa du bout des doigts avec un léger sourire aux lèvres.

Un jeune garçon s’y tenait debout, incliné, les bras tendus, les paumes ouvertes vers l’intérieur. Sa gestuel était celle d’une communion.

Ses yeux pétillaient de bonheur, son sourire mangeait son visage.

Derrière lui, on voyait un piano.

Il laissa échapper la photo et se souvint….
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