Je n’avais jamais approché que deux instruments, celui de mon professeur et le vieux gaveau droit que possédait un de mes grands-oncles et que je m’appropriais à chacune de nos visites.
Là, sous mes yeux aveuglés par les larmes, se trouvait un véritable trésor, un quart de queue Pleyel.
Je me suis approché, l’ai caressé du bouts des doigts, j’ai ouvert le clavier avec un mélange de respect et de bonheur.
Ce fut un coup de foudre !
Une véritable histoire d’amour !
Mes parents s’étonnèrent de ma réaction et me dirent un peu désappointés :
-« tu ne l’essaies donc pas ? »
Non, on n'essaie pas son amour, on le caresse, on le dévore du regard, on prend le temps de le désirer…
Mais ce ne sont pas des choses que l’on dit enfant, alors je suis resté muet, interdit, pétrifié…
A partir de ce moment, il fallut me surveiller plus que jamais afin que je me montre un temps soit peu attentif en classe.
Je ne cessais de me poser des questions.
Suis-je assez puissant dans cette phrase, assez aérien dans cette autre ?
J’étais en quête perpétuelle de la bonne interprétation même s’il me manquait encore la pleine technique.
Je voulais plus que tout, être à la hauteur des œuvres et de mon instrument.
Chaque minute loin de mon joyau n’était que temps perdu à mes yeux.
J’avais piqué ma première grosse colère quand il avait été question de partir pour Cabourg parce qu’il n’y avait pas de piano la bas, mais j’avais fini par consentir de mauvaise grâce à rejoindre la Dordogne où un des amis de la famille avait accepté de ma laisser à ma convenance son Michelson.
Les vacances m’étaient tout de même pénibles et je ne rêvais que des la rentrées où je retrouverai mon Pleyel.
Je m’étais laissé prendre au piège, rien n’avait plus d’importance que la musique…
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