Christiano s’était épris de Valérie pour qui je n’avais pas beaucoup de sympathie.
Je la trouvais plutôt vulgaire et surtout trop entreprenante.
Il était évident qu’elle me faisait du charme et mon cousin n’y voyait que du feu, ce qui me mettait particulièrement mal à l’aise.
Elle se faisait souvent accompagner d’une amie, Florence, une charmante jeune fille qui en revanche ne me laissait pas du tout insensible.
Nous nous rencontrions souvent chez Valérie en prétextant un travail collectif ou nous allions ensemble au musée.
Christiano devenait de jour en jour plus fou de son amie et cela me navrait, j’avais un mauvais pressentiment. Pour moi il était clair qu’elle le menait en bateau. Lorsque je tentais d’aborder le sujet, il ne voulait rien entendre, il me reprocha même, un jour, d’être jaloux de leur intimité.
Nous nous sommes éloignés l’un de l’autre petit à petit, lui convaincu de ma jalousie et moi ne souhaitant pas assister à ce que je considérais comme une grossière erreur.
Je continuai de sortir de temps en temps avec Florence, nous nous entendions bien, elle pouvait rester sans mot dire à me regarder travailler mon piano. Elle n’était donc pas un obstacle à ma passion.
Musicienne aussi, nous jouions parfois tous les deux, nous avions tout d’un très beau futur couple.
Mes parents étaient certains que cette aventure était sérieuse mais lorsque je me rendit compte qu’elle attendait plus de moi, je pris peur et finis par rompre sans avoir le courage de lui avouer la vérité.
Et cette vérité était méprisable, je n’étais qu’un lâche et qu’un égoïste, incapable de me projeter dans l’avenir autrement qu’avec mon piano.
Le travail de la musique continuait au même rythme mais cette fois je touchais au but.
Le concours d’entrée au conservatoire nationale.
C’était l’aboutissement, la récompense suprême.
Bien sur, il fallait régler cette histoire de blocage vis à vis de Chopin mais je n’étais pas inquiet j’avais le sentiment que cela se ferait en son heure.
J’avais joué fréquemment en public mais toujours dans le cocon de la scolarité.
J’avais connu les nombreuses représentations de fins d’année, les petits concours internes au conservatoire devant les jurys qui n’étaient autres que nos professeurs, le concours d’entrée même s’il me faisait peur ne me stressait pas outre mesure et j’étais confiant.
Il vint ce jour, où pour inaugurer la toute nouvelles MJC, il fut demander à notre école que de jeunes musiciens donnent un concert pour faire découvrir l’univers du classique.
Cinq d’entre nous furent choisis.
Florence(une autre) pour la flûte, Jean-Baptiste pour le violon, Christophe pour le violoncelle, Dimitri pour le hautbois et moi pour le piano.
Mon programme comme celui des autres avait été choisi pour plaire au plus grand nombre.
Pour moi ce fut l’incontournable Lettre à Elise de Beethoven, la non moins connue Rêverie de Schuman et on me permit de choisir le troisième morceau.
Mon choix se fixa sur la Campanella de Liszt qui saurait séduire l’auditoire par son caractère enjoué.

Mathéo,
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