Nous étions arrivés deux heures avant la représentation.
Chacun de nous se préparait dans la bonne humeur générale.
Nous plaisantions, riions, c’était une ambiance bonne enfant, nous étions entre camarades et nous nous connaissions tous depuis plusieurs années déjà.
Puis l’heure du levé de rideau s’approcha et à ce moment je fus foudroyé par un trac incontrôlable.
Un effrayant trou noir, un abîme m’ont envahi soudainement.
Jean-Baptiste entra le premier et fut très applaudi, le public semblait conquis mais ce fut bientôt mon tour.
J’étais prostré, incapable de me reprendre.
On me poussa littéralement sur scène et je m’agrippai au piano comme à une bouée de sauvetage.
J’avais pris cette mission comme un sacerdoce.
Je voulais du plus profond de mon cœur amener les gens à la musique, être son ambassadeur, mais tout ceci m’avait infligé une terrible pression.
Je m’assis, réglai un long moment mon siège puis, la tête toujours vide, j’entamai presque instinctivement le premier morceau.
Je me souviens que tout a disparu, la salle, les gens, l’enjeu, je rejoignis Beethoven, Schuman puis Liszt.
J’atteignis la félicité.
La Campanella fut saluée par une véritable ovation.
La vieille photo de l’album prise par mon père ce soir là, témoigne de mon bonheur.
Une semaine plus tard ma main droite perdait subitement sa souplesse puis s’engourdit dans une semi-paralysie, qui dura six mois.
Après de nombreux traitements je récupérai l’usage réduit de ma main mais avec trois doigts, dont le pouce, très diminués.
Je souffre encore aujourd’hui de fréquentes crises d’engourdissement très douloureuses.
Mon enfance et ma jeunesse sont mortes sur le lit d’hôpital sur lequel je me suis réveillé après ma tentative de suicide.
J’avais dix sept ans.
C’est grâce à votre écoute, à votre accompagnement, à vos encouragements et à votre amitié à tous que je peux enfin dire au revoir à l’enfant que je fus.
Reste sur ta rive petit gars !
Continue à croire en ton rêve avec ton cœur d’enfant.

Merci à
celle qui m’a poussé à regarder mon passé en face pour pouvoir l’exorciser.
Soigner les maux par les mots ! Quelle émotion contenue, je t'imagine quelque part triste angoissé à revivre ces moments mais résolu à te dire que la vie va et que si il y a regret quelque p art un autre toi est devenu et continue à devenir
*
Mathéo,
là tu nous as sorti toutes tes émotions contenues depuis des années
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