Mon autre moi XV

Publié le par Mathéo

Nous étions arrivés deux heures avant la représentation.

Chacun de nous se préparait dans la bonne humeur générale.

Nous plaisantions, riions, c’était une ambiance bonne enfant, nous étions entre camarades et nous nous connaissions tous depuis plusieurs années déjà.

Puis l’heure du levé de rideau s’approcha et à ce moment je fus foudroyé par un trac incontrôlable.

Un effrayant trou noir, un abîme m’ont envahi soudainement.

Jean-Baptiste entra le premier et fut très applaudi, le public semblait conquis mais ce fut bientôt mon tour.

J’étais prostré, incapable de me reprendre.

On me poussa littéralement sur scène et je m’agrippai au piano comme à une bouée de sauvetage.

J’avais pris cette mission comme un sacerdoce.

Je voulais du plus profond de mon cœur amener les gens à la musique, être son ambassadeur, mais tout ceci m’avait infligé une terrible pression.

Je m’assis, réglai un long moment mon siège puis, la tête toujours vide, j’entamai presque instinctivement le premier morceau.

Je me souviens que tout a disparu, la salle, les gens, l’enjeu, je rejoignis Beethoven, Schuman puis Liszt.

J’atteignis la félicité.

La Campanella fut saluée par une véritable ovation.

La vieille photo de l’album prise par mon père ce soir là, témoigne de mon bonheur.

 

Une semaine plus tard ma main droite perdait subitement sa souplesse puis s’engourdit dans une semi-paralysie, qui dura six mois.

Après de nombreux traitements je récupérai l’usage réduit de ma main mais avec trois doigts, dont le pouce, très diminués.

Je souffre encore aujourd’hui de fréquentes crises d’engourdissement très douloureuses.

Mon enfance et ma jeunesse sont mortes sur le lit d’hôpital sur lequel je me suis réveillé après ma tentative de suicide.

J’avais dix sept ans.

 

C’est grâce à votre écoute, à votre accompagnement, à vos encouragements et à votre amitié à tous que je peux enfin dire au revoir à l’enfant que je fus.

Reste sur ta rive petit gars !

Continue à croire en ton rêve avec ton cœur d’enfant.

 

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Merci à celle qui m’a poussé à regarder mon passé en face pour pouvoir l’exorciser.

Publié dans Mon autre moi

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Anne 22/02/2008 10:01

Bonjour. Je suis tombée sur votre blog par hasard. J'y lis un texte bouleversant. J'espère que cette souffrance s'amenuise avec le temps. Amicalement.

Mathéo 22/02/2008 17:19

Je vous remercie.
le temps n'apaise rien malheureusement mais on apprend à vivre avec...
Merci de votre visite.

lucile et lucien 18/12/2007 09:21

Bonjour Matheo,On a rattrapé en un seul trait notre retard de lecture: ton texte est admirable. Merci de ce fort beau récit...Le passé doit mener à la sérénité, pas être jeté, et ta démarche est saine...elle te mènera certainement vers du bonheur...A bientôt et encore merci

Mathéo 18/12/2007 18:15

Peut être un jour...
Merci pour vos visites et ce gentil commentaire

Plum' 17/12/2007 15:07

Cette nouvelle, sous forme de confession, est vraiment une réussite. Un grand bravo ! Chacun d'entre nous a sa propre philosophie de la vie. La mienne est de rester persuadée que rien ne nous arrive par hasard. Jamais ! Peut-être que cette passion était trop... passionnelle. Peut-être qu'elle t'aurait mise en danger à un moment ou un autre. Peut-être ne te serais-tu jamais marié, jamais ouvert au monde.Quoi qu'il en soit, un chose est sûre : tu ne serais pas le Mathéo d'aujourd'hui.J'espère que ces mots que tu nous as offerts ont sû t'apaiser.Je t'embrasse bien fort, Mathéo, et encore bravo.

Mathéo 17/12/2007 18:19

Et moi je te remercie du fond du coeur.
Tes mots me vont droit au coeur.
L'apaisement est difficile mais j'aspire à le trouver un jour.
Je t'embrasse très très fort.

titi 16/12/2007 20:12

là tu nous as sorti toutes tes émotions contenues depuis des années et les écrire est souvent difficile à faire ton histoire est très belle.. une future page d'écrivain...j'ai été très émue à la lecture de tous ces écrits ..aussi ai je pris le temps de tout relire ...

Mathéo 17/12/2007 07:14

C'est très gentil.

michelgonnet 15/12/2007 08:50

J'aime ce texte, son cheminement, ce qu'il nous invite à voir en nous-memes. Merci l'Ami.

michel

Mathéo 15/12/2007 14:25

merci pour ce très beau compliment.