La mauvaise foi.

Publié le par Matheo



Même si j'avais été un enfant plutôt facile, je connus, comme la plupart d'entre nous, une période Complexe et plus ou moins conflictuelle à l'adolescence.
Un soir au diner, alors que j'avais dépassé la limite de la patience de mes parents au sujet d'une broutille oubliée depuis fort longtemps, je m'entendis signifier que ma présence n'était pas souhaitée et que l'on me conseillait vivement d'aller passer mes nerfs dans ma chambre. Etant peu habitué aux punissions et moins encore à un exil momentané du cercle familial, je me retirai extrêmement vexé dans mon "antre" privé.
J'avais reçu à l'occasion des fêtes de noël une petite radio portable, je m'empressai de la brancher en la calant dur France Culture et le hasard fit que commençait juste le premier épisode des possédés de Dostoïevski; la station avait choisi de diffuser l'œuvre sous forme de feuilleton quotidien.
Bien évidemment je tombai sous le charme de ce récit, et ce fut ce ravissement qui me causa tant d'embarra.
 Il était hors de question d'avouer que grâce à ma sanction j'avais vécu un émerveillement auquel je ne voulait pas renoncer, je préférai, et de loin, savoir qu'on me plaignait et que l'on se faisait reproche d'avoir riposté par une sévérité infondée à un comportement pas bien méchant. Mais il me fallait par-dessus tout trouver une solution dans la journée du lendemain pour être en mesure de suivre ce qui était devenu à mes yeux une sacro sainte émission.
J'eus beau retourner le problème dans tous les sens, nulle issue ne se faisait voir et c'est en désespoir de cause que j'ébauchai un plan machiavélique dont, encore aujourd'hui, je ne suis pas bien fier.
Moi qui n'ai aucunement un caractère rancunier, je fis en sorte de faire comprendre que la soirée de la veille m'avait énormément blessé et que j'étais convaincu que ce châtiment si cruel n'était que le reflet à peine dissimulé que je devenais indésirable.
Mes pauvres parents s'ingénièrent à m'assurer que je me méprenais et que l'incident aurait du être déjà oublié tant il était dérisoire, mais je campai sur mes positions.
 A peine sorti de table, le repas plus boudé qu'absorbé, je rejoignais avec délectation ma radio et le monde de Dostoïevski.
Au bout de trois semaines je me crus libérer de mon odieuse machination lorsque le speaker annonça qu'un nouveau roman remplacerait celui qui venait de s'achever et qu'il s'agissait de la montagne magique de Thomas Mann.
Je fus donc plongé malgré moi dans ma fausse bouderie et ceci dura plus de deux mois au total. Je ne fus plus jamais renvoyé de table et je n'avouai jamais la supercherie à mes parents qui s'étaient reproché mutuellement mon comportement énigmatique durant ce printemps.

Publié dans Mathéo

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loveday 27/01/2009 20:51

sourire

celiandra 26/01/2009 00:47

Toi... alors....rirecela ne m'etonne pasbisous tout plein MAth

Matheo 26/01/2009 18:11


sourire


Sido 25/01/2009 20:26

Bien ri, Mathéo, Tu es pardonné par Dostoievsky et T. Mann ( ce soir sur Arte). Deux oeuvres magistrales qui valaient bien cette supercherie qui en définitive n'a fait de tort à personne !!Bises et bonne semaine

Matheo 26/01/2009 18:13


oui c'est la proramation d'Arté qui m'a fait souvenir de ça


boisette (Gil-Maurel) 25/01/2009 17:38

Matheo, Matheo, pas facile de faire un reproche à un adoléscent sans risquer de le blesser. As-tu fondé une famille et as-tu eu des enfants: si oui quelle attitude aurai-tu pris avec eux dans un cas semblable ? Je te pose la question, mais je ne te demande pas de m'y répondre.ça ne me regarde pas. Mais ce passage m'a interpellé, c'est tout. N'en veux pas à une mamie du blog.   Boisette

Matheo 26/01/2009 18:15


je suis conscient d'avoir mal agit, pas de soucis


michelgonnet 25/01/2009 13:31

Autre aspect des jours d'enfance (sourire)Bonne journée.

Matheo 25/01/2009 17:36


Bonne journée Michel