Le déménagement

Publié le par Matheo

 

68 n'avait été qu'une mascarade inventé par quelques étudiants nantis et désœuvrés.

Ils avaient suivi un mouvement beaucoup plus profond qui prônait des valeurs telles que la paix, la liberté des mœurs et des aspirations à un bonheur mérité par tous.

En France les ouvriers avaient cru à ce nouveau monde qui semblait alors à portée de main.

Sans doute certains ont-ils pu en tirer profit mais pour notre part ce tourbillon de l'espoir fut la première marche de ma déchéance.

Quelques années après les "événements", nombre de patrons mirent  à l'abri leurs capitaux d'autres dérèglement de l'histoire et vendirent à de puissantes multinationales.

La qualité principale d'un dirigeant de grand groupe est de ne pas avoir de sentiment et je puis vous assurer qu'ils n'en ont pas.

En perdant son travail mon père perdit aussi sa foi en lui, en disant cela je relate les faits le plus positivement possible.

L'appartement parisien était couteux, l'avenir incertain, il fallut se résoudre à abandonner notre train de vie.

Nous possédions une résidence secondaire dans une campagne obscure de Picardie, c'est en tous les cas comme ça je la voie encore aujourd'hui.

Nous fumes contraint d'abandonner ce qui était notre univers.

Je me souviens de ces préparatifs de déménagement, chacun emballait ses objets au mieux, mais il  nous  semblait les porter en terre.

Le piano fut le dernier à partir.

Il fut pris en charge par des spécialistes et je réussis à convaincre mes parents de le suivre.

j'eus la terrible impression de suivre un corbillard et de l'intérieur de cette voiture je regardais défiler les immeubles, les arbres qui m'étaient familier depuis toujours et je leur fis à travers mes larmes le plus vibrant adieu que l'on puisse adresser à sa terre.

Publié dans Mathéo

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Rosie 27/01/2009 22:11

Je te lis, et je ressens tes émotions que tu as dû vivre à ces moments là.  On dit que la vie se charge de nous faire oublier, mais il y a des cicatrices de vie qui sont marquées à jamais dans notre subsconcient.Les écrire, ne les fait pas disparaître, mais nous aide à essayer de les comprendre.Nous vivons encore des temps durs (récession), plusieurs auront à revivre cela, c'est bien triste.À qui la faute, nos dirigeants? nous qui avons trop favorisé la société de consommation? nos trop grandes demandes?  Ce qui est important dans tout cela, c'est d'en retirer des leçons et se souvenir des temps durs, comme tu le fais, mon bon ami, Mathéo.Bon mardi et bisous de ta p'tite cousine du Québec.

Matheo 28/01/2009 18:12


Bisous Rosie


artann 27/01/2009 21:50

ton témoignage fait ressortir une douleur qui encore bien présente..mais il faut avancer Mathéo.. ne pas vivre sur ces souvenirs, mais se construire à partir d'euxann..

Matheo 28/01/2009 18:13


ce n'est qu'une vieille cicatrice...


loveday 27/01/2009 20:48

les souvenirs........ils restent si presents parfois en nous , que nous pouvons meme en ressentir tellement de souffrances rien quand les faisant revivrent , juste un instant fugace.....je te fais de gros bisous matheo

Chtinoeil 27/01/2009 20:47

Mathéo ton texte est tout en poésie, en finesse. Quel talent pour nous faire vibrer et partager ce souvenir d'enfance, bravo.

Matheo 28/01/2009 18:14


Merci beaucoup


Lilounette 27/01/2009 14:34

UN déchirement en toute évidence , je suis si attachée à ma terre d'origine, ma région , ma maison, j'ignore comment j'en partirais, alors combien je peux comprendreBonne journée

Matheo 27/01/2009 18:15


Bonne journée