Madame Julie.

Publié le par Matheo

 

"Alors ce sera deux beaux maquereaux comme chaque semaine!" interroge le poissonnier du petit marché de Villiers de bel.

Elle acquiesce en préparant, d’une main plus très sure, son porte monnaie où les billets des courses hebdomadaire sont soigneusement pliés.

Elle vie seule avec sa vielle chienne Lolie, une brave bête que les années ont déformée autant que sa maitresse et en les voyant toutes deux, on ne saurait dire laquelle veille sur l'autre.

La mère Julie a son caractère!

Tout le voisinage pourra le confirmer mais le poids des ans n'a jamais altéré son regard perçant hésitant entre le bleu et le vert, il n'a jamais adoucit non plus les repartis acides que la vieille dames distribuaient bien volontiers à qui l'importunait même sans en avoir la volonté.

Elle avait été blanchisseuse!

Elle revendiquait son métier comme l'on revendique un talent car Dieu, à l'époque ou elle l'avait pratiqué il n'était pas seulement imagé de dire que l'on gagnait son pain à la sueur de son front.

Elle avait follement aimé un homme mais au lendemain de leur mariage celui-ci était parti offrir sa vie au fond d'une tranchée, il avait cru mourir pour sa patrie mais n'était mort que pour le profit que quelques uns, mais là c'est une autre histoire, une histoire vieille comme le monde.

Après ce veuvage si cruel, elle n'avait pas renoncé et avait même trouvé le courage de venir en aide avec son maigre salaire à une immigrée italienne.

Orsola future grand-mère d'un certain Mathéo.

Un jeune homme, bon comme le pain blanc, avait réussi a apprivoisé la jeune veuve et ils se marièrent discrètement en 1938.

Maçon de métier le nouveau marié se mit en devoir de continuer à bâtir le petit pavillon resté en souffrance depuis 14.

Un bébé était attendu mais Maurice n'eut que le temps de le prendre dans ses bras avant que le conflit de 39 n'éclate.

Il devait s'éteindre dans un camp de prisonnier en 43.

Après tout cela, Julie avait combattu, travaillé, élevé ce fils, son unique trésor, milité au partie communiste comme pour exorciser les démons de la guerre.

Orsola sa si chère amie l'avait elle aussi laissée seule en mourant a trente sept ans de trop privations, de trop de chagrin aussi.

Julie n'abdiqua jamais, elle travailla aussi dur qu'il est possible et pour épargner la misère à sa filleule, enfant de quinze ans à qui la famille reprochait son type italien, elle la prit chez elle en la traitant comme sa fille.

Les années passèrent, sans que la petite maison ne soit jamais finie.

Le poissonnier vendit ses maquereaux jusqu'à ce que la bonne chienne s'endorme pour à jamais.

Le jour où nous nous sommes tenus debout devant la fosse, je soutenais ma mère bouleversée, elle était la gamine arrachée aux préjugés de ma propre famille, et moi j'avais conscience que nous confiions à la terre une très grande dame qui ne fit ses bonnes actions que dans l'anonymat de sa sincérité...

 

Père Lachaise

Publié dans Textes

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Philippe D 29/03/2009 07:38

Ainsi va la vie pleine d'inattendus, de misères, de peines mais d'amour, de joie, d'étonnement, de merveilleux aussi!

Matheo 29/03/2009 09:02


La vie est simple et compliquée à la fois.
Le plus difficile est sans doute de savoir  l'apprehender...


celiandra 24/02/2009 22:46

Math.....tres emouvant tres beau . Merci de nous raconter si brillamment avec pudeur aussi ta vieBaci tout plein

Matheo 25/02/2009 18:14


bisous


Lilounette 24/02/2009 14:13

C'est un très beau récit que tu nous contes -là, bouleversant aussiBonne journée

Matheo 24/02/2009 18:16


merci


loveday 24/02/2009 10:48

les plus grands héros qu'a porter notre terre sont pour la plupart des anonymes....merci de ce réçit , de ce partage  Mathéo ;passe une belle journée ; gros bisous. Sylvie

Matheo 24/02/2009 18:20


Tu as raison.
Je te souhaite une bonne soirée
Bisous


artann 23/02/2009 23:28

remerciement émouvant ..ann..

Matheo 24/02/2009 18:23


merci