A eux tous

Publié le par Matheo



 

Il y avait l'accordéoneux qui voulait faire danser la terre entière, même lorsque celle-ci n'en avait pas envie, il souffrait d'un cancer de la gorge et avait soutiré, je ne sais pas comment, un papier signé d'un médecin et attestant du contraire, c'était sa façon de se persuader qu'il avait encore un avenir.

Il y avait Jules qui a l'approche de ses soixante dix printemps est tombé amoureux fou de Madame Marcelle, vendeuse de moules sur le quai.

J'ai été secoué en apprenant qu'il avait été fauché durant son sommeil, c'est si triste de voir un dernier bonheur refusé…

Lionel était l'incontournable du port, il vivait dans un vieux camping car qui menaçait de rendre l'âme à chaque démarrage, il piquait le courant au poteau EDF et tentait de vivre en poursuivant son vieux fantasme, un voyage aux états unis.

Il en avait tellement rêvé qu'il avait fini par croire que c'était arrivé, j'ai passé un après midi entier à regarder des tonnes de vieilles documentations, il ne me montra aucune photo juste des prospectus, en fait, il s'était construit un peu de bonheur en changeant sa réalité. Que faire d'autre alors que de lui dire combien il avait eu de la chance et combien j'aurais aimé faire ce voyage aussi.

Je lui donnais la plus grosse partie de mes prises, nous n'avons jamais été amis mais nous nous aimions bien tout de même.

Une des personnalités les plus troublantes qu'il m'ait été donné de connaitre la bas fut celle de Michel, c'était un garçon qui hésitait entre le noir et le blanc, plus paumé que méchant il s'était pourtant forgé une mauvaise réputation en quelques mois, le jugement des autres a fini par le pousser vers la voie la plus sombre, il est mort du Sida avant sa quarantième année.

Je pourrais encore citer bien des gens, mais il est temps de clore le sujet, voilà ce que furent mes années "maritimes", on dit que nous sommes tous intimement liés au lieu de notre naissance et je suis le premier à le reconnaitre, vous savez tous combien j'aime Paris, mais peut sommes-nous aussi liés à l'endroit de notre conception, pour moi ce fut Villers-ville, alors j'appartiens aussi un peu à l'univers de la mer, à ma façon…

Un jour j'ai repris mes livres, mes cd, j'ai préféré la chaleur de l'âtre au froid des quais en un mot j'ai vieilli.

Mais je puis vous assurer que ce vieux phare envoie encore ces lumières salvatrices lorsque les flots de ma mélancolie m'éloignent trop dangereusement de la jetée de la raison.

Publié dans Pêche

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Armide 09/09/2009 18:55

Un texte touchant et joliment bien écrit

Matheo 09/09/2009 21:39


Merci beaucoup


perfecta 21/04/2009 21:47

Bonne soirée.

Matheo 22/04/2009 18:15


A toi aussi


mamie-paquerette 21/04/2009 13:41

Pas très gaies tes années maritimes!!! je ressens beaucoup de nostalgie chez toi.Tu voulais me demander quoi sur le chat l'autre jour, je t'ai répondu mais tu étais déjà partibon après midi

Matheo 21/04/2009 18:17


on est toujours nostalgique de la jeunesse.


sido 21/04/2009 12:14

Les "lumières salvatrices " j'aime cette expression, qui nous rappelle qu'il y en a toujours quelques unes qui traînent dans nos mémoires et nous permettent d'en retrouver un brin de leur chaleur perdue. Tu viens de le faire avec beaucoup d'élégance et de sensibilité.beau texte Mathéo. Bises.

Matheo 21/04/2009 18:18


merci beaucoup Sido, Bises


patriarch 21/04/2009 10:48

Merci pour ces souvenirs !! J'aime bien !! Bon après midi chez vous.

Matheo 21/04/2009 18:18



Bonne soirée à vous deux