Carnet de bal

Publié le par Matheo

                                               

                                                             fredpanassac


C’est plaisant ce petit bal musette sous les marronniers de la place, pense la vieille madame Brisset en souriant.

Depuis combien de temps, Catherine n’a-t-elle pas été au bal ?

Il vaut mieux ne pas y penser, vous dirait-elle.

Elle prend plaisir à voir s’amuser les jeunes gens, cette soirée est si douce sous le beau mois de juillet, la sono n’est pas très bonne mais après tout quelle importance, du moment que tout le monde est heureux.

Elle a bu un verre avec monsieur le maire et un autre avec monsieur l’instituteur, à son âge, il n’en faut pas plus pour tourner un peu la tête.

Elle voit soudain les lampions s’évanouir, de beaux lustres prennent leur place, un orchestre joue Strauss, on est à Paris elle a seize ans.

Comme elle belle notre Catherine !

Elle sera la reine de la soirée. Affirme Maude sa mère.

Et de fait, Catherine fait tourner la tête de tous les garçons, c’est à peine si on ne se querelle pas pour inscrire son nom sur le carnet de bal de la demoiselle.

Ils ont si fière allure, tous de beaux partis et plus charmants les uns que les autres.

Ah bien entendu, il faut se méfier des séducteurs qui ne chassent qu’une nouvelle conquête à ajouter à leur palmarès.

Maude s’est montrée claire à ce sujet, mais il a d’autres jeunes hommes tous plus respectables les uns que les autres, et Catherine n’en revient pas de voir que sa seule présence, qu’un seul de ses sourire suffit pour faire briller des étoiles dans leurs yeux.

Les autres bals furent moins étonnants mais tout aussi plaisants, Catherine y lia de belles amitiés.

Elle y connut le bel Edmond fils d’un gros banquier Parisien, Lucien héritier d’une grande maison d’édition, René qui hésitait entre la « carrière » et le sacerdoce et tant d’autre.

Il y eut aussi des élans, des complicités, des affections troublantes.

Elle faillit perdre son innocence dans les bras de Louis de Lanssac, mais elle se refusa au dernier moment, sans qu’elle ne connaisse, elle-même, les raison de son refus.

Ah qu’ils étaient délicieux ces bals…

Puis son jeune frère, Alexandre, tomba malade, le médecin encouragea la famille à s’établir à la campagne pour aider à la convalescence de l’enfant.

Cet exil fut pénible mais pourtant le soir du quatorze juillet 1913 la jeune fille accepta de danser avec Edouard Brisset, fils de fermier, elle l’épousa par amour au grand dam de la famille en mai 1914.

Catherine n’a plus jamais eu de carnet de bal elle n’a jamais plus danser non plus, depuis qu’Edouard est tombé quelque part dans la somme en 1916.

Ce petit bal sous les marronniers est le dernier de la vieille dame qui va s’éteindre un peu avant que le siècle qu’elle a traversé ne meurt.

En débarrassant le grenier, Xavier son arrière petit fils, trouve une sorte de carnet enveloppé d’un mouchoir de batiste, un carnet de bal….

 


Pour une consigne de  papier libre

Publié dans Textes

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maï 02/10/2009 18:48



C'est vraiment surprenant, le pouvoir d'un simple petit sourire !



Matheo 03/10/2009 09:30


parfois oui


Ut 02/10/2009 09:21


Je l'avais respiré sur Papier libre... il a toujours l'odeur des greniers, des souvenirs, du raccord de l'aïeul à l'enfant; à la vie.... Tourne la valse des êtres; et les noms s'écriront à l'infini
sur le carnet de bal...
C'est très beau Mathéo!


Matheo 02/10/2009 14:34


merci, tu me fais plaisir


titi 02/10/2009 05:58


une très belle narration que j'ai beaucoup aimée..


Matheo 02/10/2009 07:29



merci



titi 02/10/2009 05:57


j'ai eu beaucoup de difficultés à t'écrire des coms ces derniers soirs ..overblog ne semblait pas bien fonctionner


Matheo 02/10/2009 07:29


moi c'est pareil je galère pour laisser le moindre com


Armide 01/10/2009 21:13


"Je n'imaginais pas les cheveux de ma mère
Autrement que gris-blanc
Avant d'avoir connu cette fille aux yeux clairs
Qu'elle était à vingt ans
Je n'aurais jamais cru que ma mère
Ait su faire un enfant
Si je n'avais pas vu cette blonde aux yeux clairs
Cette fille aux seins blancs"
(Michel Sardou)


Matheo 01/10/2009 21:42


cette chanson m'a toujours beaucoup troublé, car moi non plus je ne m'imaginais pas....
sourire