C’est si loin

Publié le par Mathéo

 

Elle était d’allure sévère, toujours vêtue d’un tailleur vieillot, coiffée d’un indetrônable chignon, on ne devinait même pas l’age qu’elle pouvait avoir.
Son maquillage était discret comme s’il existait pour affirmer une note de féminité.
Je la rencontrais chaque jour ainsi que mes camarades et ceux-ci n’avaient que railleries à son égard, leurs paroles souvent me choquaient par leur crudité.
Chez elle quelque chose m’attirait mais je ne savais pas comment définir cet intérêt. J’avais simplement remarqué que j’étais un peu nerveux à chaque nouvelle rencontre.
Ce fut à ce moment que mes premiers troubles apparurent, mes mains devenaient douloureuses, raides, invalides…
Alarmés mes parents m’envoyèrent rencontrer plusieurs médecins et tous rendirent le même avis, les tendons étaient malades, pour moi le piano était fini.
Je vécus cela comme un cataclysme, je devins abattu, violent puis suicidaire.
C’est à cette époque que je me rendis compte que la personne la plus dangereuse pour moi était moi-même, et insidieusement je commençais à me craindre.
Je refusais toutes visites, toutes compassions, tout dialogues.
Je bâtis autour de moi une tour d’ivoire si inébranlable que je perdis de vue famille, amis, copains.
Mes nerfs n’étant pas assez solides pour faire face à cette situation je débarquai rapidement dans une maison de repos pour adolescent perturbé et perturbé, dieu sait, comme je l’étais.
Un jour, à l’heure des visites, on me prévint que quelqu’un était là pour moi, mon premier réflexe fut de dire que je voulais être seul comme à l’accoutumé, mais lorsque l’infirmière me décrivit ma visiteuse je revins sur ma décision et priai qu’on la fasse entrer.
Elle était là, souriante sur le pas de la porte de ma chambre.
Ses cheveux étaient libres, noirs et bouclés, ils tombaient sur ses épaules avec légèreté.
Elle portait une robe légère qui mettait en valeur sa charmante silhouette, ses jambes étaient longues, sa taille fine. Le décolleté de sa robe mettait en valeur une poitrine superbe et jusqu’ici insoupçonnée.
J’avais le souffle coupé, Melle Fontanet, professeur de piano, vieille fille revêche transformée en une superbe femme souriante.
_ « Il va falloir faire un effort Mathéo, vous ne pouvez pas vous laisser aller ainsi, venez je vous emmène, j’ai deux places pour Gaveau, allez allez pressez-vous de vous habiller ! »
Ce jour là, nous nous rendîmes salle Gaveau pour entendre un récital, nous avons partagé nos émotions à la sortie du concert, je lui ai confié ma détresse en réponse elle m’a offert l’amour pour la première fois.

 

 

 

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Mathéo 08/02/2007 15:25

A Plum:
Merci.  

A Sido:
J'en garde un bien doux souvenir.

lasidonie 07/02/2007 23:21

un joli texte que ton démenagement me permet de découvrir. Nous avons tous un jour ou l'autre le doigt du destin pointé sur nous, pas heureux pour moi, pour toi un bien est né d'un mal, comme dirait  le "zadig"de voltaire.

Plum' 07/02/2007 18:18

J'aime toujours autant ce texte toute en notes douces, en timbres romantiques.
Un texte qui sent les printemps de l'époque...

Mathéo 07/02/2007 17:36

Commentaire de Plum:
La vie est originale : faire associer, pour un même évènement, l'annonce terrible d'une maladie qui brisera une éventuelle futur carrière et le joli et sensuel souvenir d'une "première fois"... Encore une fois, je suis émerveillée par les aléas de l'existence.