Effrayante vision

Publié le par Mathéo

Mon premier contact avec la mort fut très précoce.
En effet j’étais un enfant de santé très fragile et de ce fait, le médecin de famille avait conseillé à ma mère de m’emmener promener au cimetière plutôt qu’au square. Selon lui, l’air y était plus sain grâce aux grands marronniers plantés en bordure le long de chaque grande travée, comme des gardiens attentifs et muets.
Pendant que je m’amusais à garnir mon petit seau de marrons des mères pleuraient leurs jeunes fils tombés ne Algérie.
Mon age me protégeait de toute cette tristesse ambiante jusqu’au jour où malencontreusement, mes yeux tombèrent sur une des plus terrifiantes images, si terrifiante qu’elle demeure gravée dans ma tête.
Sans doute, y avait il eu des exhumations d’anciennes concessions, et là, au détour d’une allée, sur un bout de trottoir, des os étaient abandonnés au soleil.
Je me souviens d’avoir été choqué par la grandeur et la blancheur de ces pauvres restes.
Ce fut à cet instant que je pris conscience que toutes ces pierres qui m’étaient devenues si familières étaient en fait le dernier refuge de gens, morts, étrangers, mais qui ce jour là,par cette apparition soudaine et effrayante reprenaient vie un court instant dans ma tête de gamin…

Publié dans Mathéo

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Mathéo 11/02/2007 17:27

Merci Sido,
La froideur du visage de l’être aimé emporte un peu de votre chaleur à tout jamais.

lasidonie 11/02/2007 16:55

Comment ne pas être choqué par ce conseil invraissemblable d'un medecin ! Le face à face brutal avec la mort est un moment terrible , à plus forte raison lorsqu'on est encore enfant. Certains la rencontrent par l'absence brutale, immatérielle, d'autres comme toi par ses manifestations corporelles, images  persistantes par la suite. Pour moi ce fut le baiser d'adieu sur le visage glacé de ma grand-mère. Je n'oublie pas.
Tu écris bien, Mathéo.

Mathéo 11/02/2007 14:34

Sans doute !
Quelle meilleure défense que le rire…

NicoleA 11/02/2007 14:32

Où la bonne volonté peut faire du mal ....
pauvre médecin , quelle idée que la sienne.
Quel choc que le tien .
Au lycée le jour ù un squelette était soudain apparu en salle de sciences , pour conjurer notre peur et le gêne de nous trouver devant les reste de ce qui fut un être humain privé de repos en terre, nous l'avions appelé Arthur et notre grand jeu était de lui faire claquer des dents la mâchoire étant munie d'un ressort pour la maintenir fermée ...
Le rire et la dérision  comme catharsis ...??? qui sait ?
N'est-ce pas là le sens de certaines fêtes anciennes d'apprivoier la mort en en faisant un jeu , une mascarade .

Plum' 11/02/2007 14:20

Mais quelle horreur !!!Non seulement je suis atterrée par les recommandations de ce médecin mais je suis surprise que tes parents n'aient pas trouvé ce conseil bizarre. D'un autre côté, je comprends aussi qu'ils aient fait confiance à l'autorité médicale, à une personne de "savoir".Par contre, Mathéo, je ne pense pas que ton caractère mélancolique vienne de là. Je reste persuadée que c'est ta nature comme d'autres sont toujours en train de rire, de réfléchir, de s'angoisser, de se culpabiliser, etc...Tu pourras promener un joyeux drille dans un cimetière autant que tu veux, il restera un gai luron et retrouvera son tempérament dès sa sortie de ce lieu morbide.Et puis, les personnes gaies ne se laissent pas envahir "trop longtemps" par la mélancolie. Alors, je pense que les mélancoliques ne s'immergent pas trop longtemps dans la gaieté (et dans ce sens, par contre, c'est dommage)...Je t'embrasse bien fort (et avec un grand sourire "ultra-brite")!