Le tribunal.

Publié le par Mathéo

Huit mois avant notre placement en liquidation judicaire nous avions été racheté par un homme qui était connu pour avoir déjà conduit des entreprises à leur fin. L’usine avait été partagée en trois entités distinctes. Une aile du bâtiment avait été dédiée à la sous-traitance d’articles souples de luxe pour de très grandes maisons françaises. L’autre aile nous avait été laissée pour continuer en principale occupation l’injection de bagages, que notre ex patron s’était engagé à nous acheté durant deux années pleines. La troisième partie avait été gardée par la marque et recevait notre production en en assurant la logistique.

Malgré tous nos efforts la reprise était mal engagée et le tribunal de commerce recula trois fois de suite sa décision.

Le personnel était partagé entre la terreur de la décision finale et la lassitude d’une agonie douloureuse.

Un vendredi matin le liquidateur appela le CE pour nous prévenir que tout était perdu et que le la liquidation serait prononcée le jour même, de son côté la direction convoqua le personnel pour l’informer de la situation.

Une lettre a été remise à chacun attestant que nous étions libres de ne plus nous présenter à notre poste.

Nous étions presque tous présents en ce beau matin du début de l’été pour entendre le juge commissaire acter de notre fin.

A la fin de l’audience nous furent nombreux à ne pas pouvoir retenir des larmes de désespoir.

De retour à l’atelier il se produisit l’impensable, une petite minorité de personnes fit main basse sur du matériel et sur des produits finis.

On me prévint à la fin de l’après midi que mon ordinateur était en train de partir, tout mon travail était dedans, je courus pour tenter de le sauver mais je n’y parvint pas. Une sourde colère s’empara de moi, je voulais que nous quittions les lieux dans la dignité et je ne pardonnai pas l’attitude de ces gens. Rien ne justifie une pareille inconduite.

Je me fis des ennemis ce jour là mais je ne le regrette pas.

Le soir venu, je ne me décidai pas à regagner mon domicile et je restai avec quelques proches à hanter les lieux déserts.

Je pris la résolution de me présenter normalement les semaines suivantes et de créer une association de défense.

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Plum' 09/04/2007 11:45

Tu n'as pas tort Alfie. S'entendre dire les choses qui nous blessent permet d'exorciser la douleur et aide à la cicatrisation.Mais il est vrai également qu'on n'oublie pas une grosse vingtaine d'années comme cela ! Et je suppose que cela doit laisser un sacré goût amer dans la bouche et dans le coeur. Toutes ces années d'investissement personnel pour une enseigne, pour un produit, balayées d'un revers de la main en quelques mois... Tout ce manque de pédagogie, de délicatesse et de considération envers ces "petites" mains qui ont fait les beaux jours de l'entreprise...Toute cette indifférence de notre "belle société" qui se casse la figure, qui perd tous ses repères...Toute cette injustice de la part de ceux qui nous gouvernent et qui, brisant des vies et des familles, continuent de s'en mettre plein les poches sans aucun scrupule...C'est vraiment dégueulasse, il n'y a pas d'autre terme !Mais la vie est la plus forte et il faut remonter la pente, à nouveau, encore ! Car si tout est à recommencer, tout est également devant toi, Mathéo.Je t'embrasse fort et te souhaite un bon lundi en famille.

Miss Alfie 09/04/2007 10:56

J'me plante peut-être, mais raconter ce qui fait mal, ça apaise après, c'est comme faire sortir du pu d'une plaie. On a mal sur le coup, et puis après ça passe...

lasidonie 09/04/2007 10:34

C'est vraiment un déchirement ce genre de situation, dur à vivre ! Quelle froideur dans ces décisions prises sans aucun état d'âme, et à l'heure actuelle souvent uniquement motivées par le profit !  Bises et bonne journée.

ABC 09/04/2007 09:49

Il est bon d'exprimer tout ce que l'on garde sur le coeur.............Bonne journéeABC

vi 09/04/2007 08:34

Rayons doux vers vous et sur votre tristesse, Cher Mathéo...à très bientôt