Voici ce que fus mon village.

Publié le par Mathéo

Le lundi suivant nous avons ruminé au local du CE, je finissais de contacter mes collègues pour créer l’association.  L’ambiance était lourde mais le travail m’aidait à tenir le coup.

Le lendemain nous nous rendîmes compte que de nombreux camions attendaient dans la cour pour faire partir le stock de l’entrepôt logistique. Je ne me souviens pas de qui a eu l’idée, mais nous décidâmes rapidement de bloquer les bagages pour amener notre ex-patron à reconnaître la vente frauduleuse et à obtenir une prime de licenciement extra légale.

Rapidement plusieurs dizaines de personnes nous rejoignirent. Nous étions lancés dans notre dernier combat, un combat pour l’honneur. Nous tentâmes immédiatement d’organiser des tours de rôle afin que l’action soit efficace de jour comme de nuit. Il fallut tout de suite penser à l’intendance, je partis faire quelques courses et je me remettais rapidement au dossier de l’association.

Le personnel avait l’habitude des 3X8 et nous parvînmes sans difficulté à organiser quelque chose de solide.

Il y avait cependant un problème, un problème que je n’arrivais pas à surmonter. Avant le bouclage efficace de l’usine un chauffeur polonais avait été pris au piège et demeurait notre otage. Cet homme pris au piège loin de chez lui m’empêchait de trouver le sommeil, je fis donc tout ce qui était en mon pouvoir pour lui rendre sa liberté au bout de 36 heures environ. Je fus très critiqué, je fus pris à partie mais au fond j’étais soulagé.

La pression était cependant terrible et je refumai un bon paquet de cigarettes par jour après une abstinence de sept ans. Je n’osais pas l’avouer Romana car nous avions cessé de fumer tous les deux en faisant un pari et je craignais sa réaction.

La semaine se déroula ainsi ponctuée par des menaces régulières du chef de dépôt et d’un huissier de la ville.

La grande difficulté fut d’assurer le week-end, c’était celui de la fête des pères et les personnes les plus dévouées assurèrent des tours de garde de plus de 24 heures, les rancunes apparurent, je ne faisais plus d’illusion l’action s’érodait et ne passerait pas un second week-end. Le lundi j’appelai, Amiens et Paris. On me promit qu’un ponte de la capitale descendrait le lendemain et on nous priait d’organiser une conférence de presse. Je pris contact avec les radios, les télévisions et les journaux. Jusqu’ici les médias nous avaient boudé avec dédain et nous n’avions obtenu qu’un petit encart dans la presse locale mais cette fois nous réussîmes à faire venir la télé et la radio  régionale en plus. Je passai plus de deux heures à alerter tous nos camarades. Nous étions prêts pour le final.

A 8H30 le lendemain nous apprîmes par téléphone que Paris ne pouvait pas se déplacer et que le déplacement n’était pas remis.

Je fus abasourdi, profondément dégoûté et je prévins que je me retirais. Il fut décidé que la décision de continuer ou d’arrêter serait prise par tous avec un vote à main levée.Je préparai deux textes pour la presse, un texte pour chacun des cas.

La nouvelle  fit l’effet d’une bombe et la majorité vota pour l’arrêt du blocus.

Nous avions tout de même obtenu la promesse d’une prime extra légale de 3000€ par personne et d’une belle enveloppe pour la formation.

Les réactions de certains de mes camarades furent assez violentes et on me jeta au visage

« Tu peux nous retirer de l’association. »

Je repartis chez moi sans mot dire, je finalisai le dossier et remis les disquettes au CE avant de me retirer définitivement malgré les coups de fil que je reçus pour tenter de me faire changer d’avis.

J’honore depuis presque 10 mois ma mission auprès de la commission de suivi à la sous préfecture ou j’essaie d’agir au mieux dans l’intérêt des mes ex-collègues.

 

 

 

Voici ce que fus mon village.

 

 

 

 

 

 

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Plum' 10/04/2007 20:51

Tu as été jusqu'au bout de tes engagements et, à mes yeux, c'est cela le plus important. Tu es un hommee de parole et de confiance et peu importe ce qu'en pensent certains ! Il y aura toujours des gens pour critiquer, pour dénigrer. Toi, tu as un coeur gros comme ça et tu t'es investi afin que certains ne soient pas lésés. Quoi qu'il se passe maintenant, tu peux avoir ta conscience tranquille. Tu as fait ce que tu devais faire...Je t'embrasse.

Mathéo 11/04/2007 08:54

Je t'embrasse, tu me tranquilise.

aril 10/04/2007 18:34

syndicats ou partis politiques...ça se bouffe le nez...mais dans un syndicat tu oeuvres normalement pour l'autre, tu le defends...et ça c'est honorable.

Mathéo 11/04/2007 08:53

Oui c'est tenter de se défendre en défendant aussi l'autre.

griffoninne 10/04/2007 18:05

Dans ce billet , comme dans d'autres de Patriarch ...J'aime le sens de la solidarité que j'y ressens ...Mais avec le recul ; je me dis :Tout ça pour le "Travail" , ce monde du travail qui prend tant à des vies ...
Ca me donne envie de remettre en question certaines valeurs bien ancrées , comme ça...
Mais j'aime ces récits !

Mathéo 10/04/2007 18:25

Merci de ta visite, elle me fait plaisir.

lasidonie 10/04/2007 14:52

ce monde de l'entreprise est un monde féroce que j'ai la chance de ne pas avoir connu. Tu as vraiment été jusqu'au bout de tes convictions, et c'est suffisant pour avoir la conscience en repos ! Quelle que soit l'action entreprise elle ne peut jamais faire l'unanimité...

Mathéo 10/04/2007 15:57

Tu es gentille Sido!

patriarch 10/04/2007 09:41

J'admire ce que tu as fait. Et ton récit ne me choque pas. Ayant toujours été à la CGT, mais ne faisant pas parti du PC, j'ai aussi subi certaines pressions. Le seul avantage que j'avais peut-être par rapport à toi, c'est que j'étais issu du même moule que les gars (ouvriers) et que un bon paquet de ceux ci me soutenait. Sinon, la fédé aurait bien essayé de m'éjecter. Dans les années 52 à 70, c'était comme celà. A l'intérieur du syndicat, il y avait des luttes entre les différents membres d'organisations politiques.
Tu me donnes presque envie de reprendre "mes tribulations".

Mathéo 10/04/2007 10:23

Je suis content de ta réaction Patriarch et je suis imaptient de suivte à nouveau tes tribulations.