Au-delà du mur.

Publié le par Matheo

Graffeur.jpg

 

 

Jules planque sa bombe de peinture sous sa veste, il n’est pas vraiment rassuré, il ne faudrait pas qu’il se fasse prendre !

Les flics ne sont pas le véritable danger, au pire il se fera remonter les bretelles et puis basta, mais la bande à Momo,  c’est une autre histoire !

Ces gars là considèrent que tous les murs de la ville leur appartiennent.

Le gamin sait qu’il doit absolument éviter de rencontrer qui que ce soit, au cœur de la citée la violence  a depuis longtemps pris le pas sur les mots.

Jules est un gosse de treize ans, il se fait appeler Johnny parce qu’il trouve que son prénom est un brin démodé.

Un  nom de bouffon ! a-t-il dit à sa mère .

Ce n’est pas un mauvais garçon, il est plutôt brillant en classe mais il refuse toute communications.

Les adultes sont tous des idiots, il n’y a qu’à voir son père qui s’est fait la malle pour suivre Shirley, une fille sans jugeote mais au minois attrayant, mieux, il n’y a qu’à regarder vieillir à vue d’œil sa mère qui continue de porter au nues son mari en jurant qu’il finira bien par revenir.

Les ados l’ennuient, les uns jouent les chefs de gangs pendant que les autres se cachent dans les jupes de maman. Dans un cas comme dans l’autre il les juge sans indulgence.

Ce que Jules aime ce sont les graffitis, a ses yeux c’est un art véritable, il veut coute que coute s’y faire un nom, marquer « sa » ville de son empreinte, devenir le graffeur !

A peine arrivé au pied du mur, le visage dissimulé sous sa capuche, il agite vigoureusement la bombe  mais une timide lueur,  sortie par une des nombreuses fissures qui  blessent le béton,  attire son attention.

Comme un papillon captivé par une lampe, Jules regard,  il voit une petite maison, la seule encore debout et depuis  sa fenêtre la lueur se fait éclair, une étrange bourrasque enveloppe le garçon, le mur  se volatilise, la maisonnette  est toute neuve !

Il n’y a plus trace du moindre immeuble, la citée a disparu, ce ne sont que des champs de poiriers à perte de vue.

André prends dans ses bras sa femme Julie pour passer le seuil, la jeune femme rit aux éclats tout en faisant mine de gronder l’homme.

Tu vas me faire tomber Dédé, pose moi tout de suite, se récrit- elle avant de lui prendre la bouche dans un long baiser.

André a acheté ce bout de terrain pour y bâtir leur petit nid de ces mains, bien sûr ils ont dû quitter Paris, mais aujourd’hui on pourrait faire entrer leur ancien appartement parisien rien que dans la salle de séjour, et il y a même de quoi se faire un beau petit potager.

Quelques temps plus tard des voisins sont arrivés.

il y a eu d’abord Marcel et Simone  puis Vivien et  son Arlette.

D’autres encore sont venus. Ce sont tous  de braves gens, qui savent se serrer les coudes quand il le faut,  la vie est belle, le dimanche on bricole, on jardine, ces dames tricotent pour les petits qui apportent la gaité  de leur jeunesse dans ce nouveau quartier.

Ils peuvent courir à souhait dans les champs de poiriers qui entourent la rue naissante.

-« Allez, il ne faut pas vous en faire, nous seront revenus pour la noël ! » ont dit les hommes en prenant le train qui les emportait pour toujours vers le front, vers un enfer de feu et de boue qui devait les ensevelir à jamais.

Les cerises reviennent chaque année, cadeau d’outre tombe des jardiniers qui ont planté les arbres des petits jardinets.

La vie reprend toujours le dessus, alors Lucien, Pierre et Gaston reprennent  la bêche de leurs prédécesseurs, ils agrandissent les maisons pour accueillir leurs propres enfants.

Les femmes continuent à tricoter, leurs traits sont plus durs,  elles tricotent pour que leurs petits  et leurs nouveaux compagnons ne prennent pas froid  lorsqu’à leur tour un train les emporte  vers le déchainement de la folie des hommes.

A la fin de cette seconde guerre elles n’ont plus le courage de se battre encore, alors elles vieillissent, souvent seules,  dans leurs murs imprégnés de souvenir et d’amour.

Les promoteurs ne leur ont laissé que vingt cinq petites années avant de tenter de les séduire par un peu d’argent et puis de les terroriser par des avis d’expulsion.

Une après l’autre les maisons se sont évanouis, il ne reste plus que celle de Julie cachée derrière le grand mur tagué.

Les flics n’ont pas montré le bout du nez, les gars de la bande à Momo non plus et pourtant Jules remet la bombe de peinture sous sa veste.

 Il se promet  de revenir en essuyant du revers de sa manche une larme,  parce que son tag doit raconter cette histoire, celle de l’ancienne rue des poiriers.

 

Boule-de-demolition.jpg

Pour les impromptus litteraires

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Angélique 04/05/2010 15:12



bon mardi



Matheo 04/05/2010 21:45



Merci à toi aussi



veronique 04/05/2010 14:04



allo


je reviendrai pour lire l'ancienne rue des poiriers...sourire


 


tu vas bien mathéo?


bise xxxx



Matheo 04/05/2010 21:46



Disons que je fais aller!


sourire


Dis moi tu ne dors vraiment pas beaucoup!



Paquerette 04/05/2010 10:11



Joli conte qui me fait penser à l'ennui des jeunes des villes et des banlieux.


bonne journée Mathéo



Matheo 04/05/2010 21:47



Je t'embrasse Paquerette



Domi 04/05/2010 09:32



faire parler les rues... chaque nom de rue a son histoire...


texte émouvant, Mathéo



Matheo 04/05/2010 21:48



Merci beaucoups.


sourire



Edmée 04/05/2010 00:26



Quel talent pour faire du court qui ne laisse pas un goût de trop peu. C'est complet, on a vu passer le temps, sécher les larmes des veuves, les rides recouvrir leurs visages, la ville
disparaître, et le petit Jules laisser son coeur s'ouvrir. C'est très agréable à lire, et l'émotion est toujours là!


Bravissimo!



Matheo 04/05/2010 07:30



Merci Edmée, ça me fait plaisir