Le voyage

Publié le par Matheo

4619166592_3c9fe5a1f3.jpg

 

 

 

Le crépuscule était digne des plus grandes toiles de maître et je me faisais un devoir de la graver, œuvre éphémère,  au fond de ma mémoire, soudain un avion se mit à distraire mon attention, sur un coup de tête, je le pris en vol.

Voila le talent du véritable aventurier, il sait prendre sa décision en un instant, il sait partir sans se retourner, il ne s’encombre pas  de remord, de regret, il suit le besoin du présent.

J’aurais,  au moins une fois dans ma vie, répondu à une envie dans réfléchir…

 

 

Mon voisin me sourit, il lève son verre comme pour porter un toast.

Je lui rends son sourire et lui lance un cordial

-« Belle destination, n’est-ce pas ! »

-« Oui, me répond-t-il en avalant bruyamment sa gorgée de scotch, je remets depuis trop longtemps ce voyage, cette fois c’est la bonne, dans quelques heures j’y suis !

-« quelques heures en effet, quelques minutes, ou dans l’éternité, c’est pareil ! »

_ « Tu l’as dit mon ami, reprend-il en portant à nouveau son verre aux  lèvres. »

Une vielle femme assise devant nous et occupée à tricoter nous lance sans se retourner

-« Jeunes gens, votre jeunesse vous excuse mais à quoi bon parler de ce qui n’existe pas, le temps est un égarement d’esprits  primitifs.  »

-« pardonnez-moi madame, mais si vous niez le temps comment parler de la jeunesse ? « 

-« tout simplement parce que tu viens seulement de prendre cet avion, il n’est pas question de temps mais de conscience ! »

Je me tais en me disant que la pauvre vieille est sénile.

Un gamin quelques places derrière aspire son jus de fruit avec une paille tout en interrogeant son grand père

-« j’ai eu un zéro en math, Papa était très en colère, il m’a privé de ma console, papy  je veux qu’il me rende ma console ! »

« -tu vas avoir toutes les consoles du monde, t’inquiète pas petit ! » affirme la dame au tricot.

-« Oui mais quand ? » insiste le garçonnet.

-« tout de suite, dans quelques minutes ou dans une éternité » rassure mon voisin en vidant son verre.

Par le hublot on ne distingue qu’un lit de nuages, machinalement je cherche mon paquet de cigarettes dans ma poche mais je me souviens de les avoir laissées sur le piano, je me console en me disant que de toute façon il est interdit de fumer dans la cabine.

Cependant, à peine ai-je achevé mon geste que l’hôtesse me présente un plateau avec des cigarettes de toutes marques.

-« C’est autorisé ? » dis-je en prenant des HB

-« Mais bien sûr monsieur, voulez vous autre chose,  un livre peut être Hugo, Dostoïevski, ou de la musique, Chopin, Schubert, Beethoven,  Andréoni ? »

-« Andréoni ! Je ne connais pas c’est curieux c’est aussi mon nom ! »

-« Bien entendu Monsieur, votre concerto pour piano que vous auriez écrit en 2015, à Paris. ! »

-« Alors je vais vraiment l’écrire, mais c’est merveilleux ! » J’avais monté le ton sans m’en rendre compte mais je ne croise que quelques regards réprobateurs.

-« Non Monsieur, reprend-t –elle avec la douceur d’une garde-malade, vous auriez pu l’écrire. Je vous apporte de quoi l’écouter »

Les écouteurs sur les oreilles, je découvre ce concerto, il y a de l’inspiration, de la mélancolie mais aussi de l’espoir, c’est une œuvre équilibrée, elle offre de la virtuosité et de l’émotion.

L’adagio su second mouvement m’arrache des larmes !

Le presto final demande une véritable prouesse technique !

Je sais qu’il était là depuis longtemps, il a germé, je suis prêt, le buveur de sotch a dû changer de place, à présent un jeune homme très brins avec de grands yeux noirs se tourne vers moi, il pose sa main sur la mienne

-il est superbe, tu vois combien tu as eu tort de précipiter ce voyage,  tu te souviens j’ai fait la même erreur, mon roman aurait marque la littérature moderne. »

Je suis sidéré dans un souffle je parviens à prononcer

-« Franz ? »

-« c’est incroyable, toi le garçon raisonnable, tu attrapes  le vol sans réfléchir, tu prends cet avion comme on prend un taxi, tu me surprendras toujours mon cher cousin. »

« Quand arriverons-nous Franz ? »

-« ,Dans  quelques minutes, dans quelques heures, dans une éternité! »

Sa main est toujours sur la mienne, il a tourné son visage comme pour dormir, le livre sur ses genoux s’intitule ma vie avec toi par Franz Ich……

Je connais l’histoire.

Je ferme les yeux, sa main me rassure nous voyageons ….

 

4632099187_3de26367dc.jpg

 

Clin d'oeil à Moni

Publié dans Textes

Commenter cet article

JCP 03/07/2010 10:27



Superbe ça, j'aime beaucoup, belle imagination !


 


A+   JC



Celiandra 22/06/2010 14:19



Merci MAth pour cette emouvante page de vie


Baci mon ami



Matheo 22/06/2010 18:09



Bises



Armide et Pistol 21/06/2010 15:34



Me voilà transportée par ce voyage et par ces mots. La musique nous permet de voyager dans l'intemporalité. J'écoute l'adagio qui me tire des larmes.


Bonne fête de la musique !



Matheo 21/06/2010 18:08



A toi aussi



Juliette 20/06/2010 22:32



belle histoire de l'au-dela, de la prémonition, du rêve en bonne compagnie


Bises



Matheo 21/06/2010 06:55



Bises Juliette



Thierry-alias-Jean-Philippe 20/06/2010 10:06



Bonjour Mathéo ! Je te souhaite de passer un bon dimanche... et un bon voyage en rêves vers la destination que tu préfères ou que tu aimerais !! A bientôt



Matheo 20/06/2010 12:22



A bientôt.