T'as pas une clope?

Publié le par Matheo

A paris

-« T’as pas un euro ou deux chef ?  Une clope peut être. »

***** Ce n’est pas possible, j’ai passé ma journée à mettre la main à la poche, j’entends déjà les remarques narquoises de ma femme sur la route du retour.

T’es trop gentil, ou trop naïf mon pauvre Max, un jour tu donneras ta chemise !

Le mieux c’est de passer sans broncher, non, je ne peux pas faire ça, ça serait comme si je  rendais cet homme invisible.

Je vais lui sourire.

Lui sourire !

C’est encore plus nul !

Demerde toi mon gars, tu vois ta situation n’altère pas ma bonne humeur !*****

-« Allez mon prince fends toi d’une clope ! » insiste-t-il.

*** je suis crevé, je n’aurais pas du m’entêter à ne pas prendre ma canne, ma jambe est lourde comme un morceau de bois. Je voudrais juste m’assoir dans la voiture et regarder les gens, rester là à respirer cet air de paris, cet air que l’on dit pollué et qui pourtant me donne plus d’oxygène que celui de ma campagne d’exil  où je me sens tellement prisonnier.

Nous pourrions nous installer devant un café,  à la terrasse d’un bistrot mais je n’ai pas envie de parler, je veux juste me laisser porter par la rumeur de la rue.

L’homme se tait et c’est lui qui me sourit, je baisse la tête, je suis mal à l’aise, mon épouse le sens, elle me prend le bras. 

-« Je ne peux pas rentrer tu sais………… »

-« Quoi ? »

-« Et bien tu sais, nous devrions nous arrêter  pour boire…. »

-« Si tu bois tu auras encore envie….. »

-« Ok ok !  Regarde il y a des toilettes publiques un peu plus loin. »

La porte ne s’ouvre pas, pourtant la mention « en service » est affichée.

Nous allons repartir quand l’homme s’approche et comme par miracle il ouvre la porte.

-« Et voila ! Juste un coup de main à prendre ! « Ironise-t-il.

Il va s’assoir sur un banc à cent mètres plus loin, je le rejoins.

-« Vous avez une sacrée technique ! »

-« Il faut bien. » répond il sans me regarder

 J’allume une cigarette et lui en offre une, il la prend, nous restons silencieux l’un et l’autre

La cigarette finie je me lève en prenant soin de laisser près de lui le paquet.

-« Elle fait mal cette jambe ! »

-« Oui de temps en temps, Au revoir monsieur. »

-« Le paquet de clopes a dû tomber de votre poche. »

-« Oh non, j’arrête de fumer. Si ça vous dit… »

-« Ah c’est ça ! Bon voyage ! » Me lance-t-il.

J’ai gardé son sourire dans la mémoire, je pense à lui souvent lorsqu’il fait froid.

Je m’en veux, cet homme avait un regard curieux, un regard de bonté, un regard d’amour, je n’ai pas su lui parler, je n’ai pas su l’aimer …

Publié dans Mathéo

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Roland Laurent 12/01/2011 19:39



On a toujours ce sentiment lorsqu'on s'attarde auprès d'un malheureux, mais bon Dieu comme ça fait du bien d'être bon un instant, d'offrir du bonheur même celui d'une clop qui part en fumée;
 Bravo pour votre geste  Roland



Matheo 13/01/2011 18:26



et oui c'est vrai ça fait du bien!


Un bien petit geste



*MeL* 13/08/2010 15:27



Pas bien vu votre réponse



Matheo 13/08/2010 17:14



ah?


On se souvient toujours mieux de ses regrets que de ses satisfactions...



*MeL* 08/08/2010 15:06



Je crois que vous avez su l'aimer ....pour preuve vous vous souvenez .



Matheo 09/08/2010 10:57



c'est vrai.



Thierry-alias-Jean-Philippe 04/08/2010 13:56



Bonjour Mathéo. Je me rappelle avoir donné la pièce quand j'étais plus jeune... J'étais plus "idéaliste" que maintenant ! C'est l'usage de la pièce que je donnais qui m'a fait changé d'attitude.
On me promet que c'est pour manger mais quand on s'enfile dans le 1er bistrot... Là, je change de façon de voir... Mais ton texte est plein de philosophie. Passe une bonne journée, profite bien
de cette période de vacances ! A bientôt



Matheo 04/08/2010 14:02



A bientôt



Armide et Pistol 03/08/2010 23:29



L'homme ne demandait pas la charité mais le contact ? Etait-ce vraiment le propos ?


Nous tentons de résoudre des énigmes, mais les questions sont simples.



Matheo 04/08/2010 13:59



et la vie si compliquée!