Litterature du XIX ème siècle

 

 

Alfred de Vigny (1797 †1863)

Alfred de Vigny


Voila une nouvelle pause bien agréable, arrêtons-nous quelques instants chez monsieur de Vigny.

Je n’ai jamais eu le loisir de dire au professeur de Français qui me fit découvrir Vigny avec la célèbre  «mort du loup » combien je la remerciais. Je ne me souviens malheureusement plus de son nom, nous l’avions surnommée Balzac en référence à son goût pour cet auteur.

Tant pis !

Merci chère madame d’avoir éclairé mes jeunes années de votre passion, si le hasard faisait que vous me lisiez vous seriez sans doute un peu déçue par  mes fautes d’orthographe, sans parler de ma navrante rhétorique, mais  soyez tout de même assurée que malgré ça, j’ai gardé mon enthousiasme pour la lecture et les grands auteurs.

J’en profite pour étendre ce petit hommage à tous les professeurs à qui nous devons tant et qui pourtant sont trop souvent décriés.

Allez, je clos ici ma petite note personnelle pour en revenir à notre cher Vigny.

J’ai choisi un extrait que j’aime beaucoup parce que l’humanité y parait plus que nulle part ailleurs.

Il s’agit du mont des oliviers  du recueil les destinées.

 

lors il était nuit et Jésus marchait seul,
Vêtu de blanc ainsi qu'un mort de son linceul ;
Les disciples dormaient au pied de la colline.
Parmi les oliviers qu'un vent sinistre incline
Jésus marche à grands pas en frissonnant comme eux ;
Triste jusqu'à la mort; l'oeil sombre et ténébreux,
Le front baissé, croisant les deux bras sur sa robe
Comme un voleur de nuit cachant ce qu'il dérobe ;
Connaissant les rochers mieux qu'un sentier uni,
Il s'arrête en un lieu nommé Gethsémani :
Il se courbe, à genoux, le front contre la terre,
Puis regarde le ciel en appelant : Mon Père !
- Mais le ciel reste noir, et Dieu ne répond pas.
Il se lève étonné, marche encore à grands pas,
Froissant les oliviers qui tremblent. Froide et lente
Découle de sa tête une sueur sanglante.
Il recule, il descend, il crie avec effroi :
Ne pouviez-vous prier et veiller avec moi !
Mais un sommeil de mort accable les apôtres,
Pierre à la voix du maître est sourd comme les autres.
Le fils de l'homme alors remonte lentement.
Comme un pasteur d'Egypte il cherche au firmament
Si l'Ange ne luit pas au fond de quelque étoile.
Mais un nuage en deuil s'étend comme le voile
D'une veuve et ses plis entourent le désert.
Jésus, se rappelant ce qu'il avait souffert
Depuis trente-trois ans, devint homme, et la crainte
Serra son cœur mortel d'une invincible étreinte.
Il eut froid. Vainement il appela trois fois :
MON PÈRE ! - Le vent seul répondit à sa voix..
Il tomba sur le sable assis et, dans sa peine,
Eut sur le monde et l'homme une pensée humaine.
- Et la Terre trembla, sentant la pesanteur
Du Sauveur qui tombait aux pieds du créateur.

II

Jésus disait : " Ô Père, encor laisse-moi vivre !
Avant le dernier mot ne ferme pas mon livre !
Ne sens-tu pas le monde et tout le genre humain
Qui souffre avec ma chair et frémit dans ta main ?
C'est que la Terre a peur de rester seule et veuve,
Quand meurt celui qui dit une parole neuve ;
Et que tu n'as laissé dans son sein desséché
Tomber qu'un mot du ciel par ma bouche épanché.
Mais ce mot est si pur, et sa douceur est telle,
Qu'il a comme enivré la famille mortelle
D'une goutte de vie et de Divinité,
Lorsqu'en ouvrant les bras j'ai dit : FRATERNITE !

- Père, oh ! si j'ai rempli mon douloureux message,
Si j'ai caché le Dieu sous la face du Sage,
Du Sacrifice humain si j'ai changé le prix,
Pour l'offrande des corps recevant les esprits,
Substituant partout aux choses le Symbole,
La parole au combat, comme au trésor l'obole,
Aux flots rouges du Sang les flots vermeils du vin,
Aux membres de la chair le pain blanc sans levain ;
Si j'ai coupé les temps en deux parts, l'une esclave
Et l'autre libre ; - au nom du Passé que je lave
Par le sang de mon corps qui souffre et va finir :
Versons-en la moitié pour laver l'avenir !


Père Libérateur ! jette aujourd'hui, d'avance,
La moitié de ce Sang d'amour et d'innocence
Sur la tête de ceux qui viendront en disant :
"Il est permis pour tous de tuer l'innocent."
Nous savons qu'il naîtra, dans le lointain des âges,
Des dominateurs durs escortés de faux Sages
Qui troubleront l'esprit de chaque nation
En donnant un faux sens à ma rédemption. -
Hélas ! je parle encor que déjà ma parole
Est tournée en poison dans chaque parabole ;
Eloigne ce calice impur et plus amer
Que le fiel, ou l'absinthe, ou les eaux de la mer.
Les verges qui viendront, la couronne d'épine,
Les clous des mains, la lance au fond de ma poitrine,
Enfin toute la croix qui se dresse et m'attend,
N'ont rien, mon Père, oh ! rien qui m'épouvante autant !
- Quand les Dieux veulent bien s'abattre sur les mondes,
Es n'y doivent laisser que des traces profondes,
Et si j'ai mis le pied sur ce globe incomplet
Dont le gémissement sans repos m'appelait,
C'était pour y laisser deux anges à ma place
De qui la race humaine aurait baisé la trace,
La Certitude heureuse et l'Espoir confiant
Qui dans le Paradis marchent en souriant.
Mais je vais la quitter, cette indigente terre,
N'ayant que soulevé ce manteau de misère
Qui l'entoure à grands plis, drap lugubre et fatal,
Que d'un bout tient le Doute et de l'autre le Mal.

Mal et Doute ! En un mot je puis les mettre en poudre ;
Vous les aviez prévus, laissez-moi vous absoudre
De les avoir permis. - C'est l'accusation
Qui pèse de partout sur la Création !
- Sur son tombeau désert faisons monter Lazare.
Du grand secret des morts qu'il ne soit plus avare
Et de ce qu'il a vu donnons-lui souvenir,
Qu'il parle. - Ce qui dure et ce qui doit finir ;
Ce qu'a mis le Seigneur au cœur de la Nature,
Ce qu'elle prend et donne à toute créature ;
Quels sont, avec le Ciel, ses muets entretiens,
Son amour ineffable et ses chastes liens ;
Comment tout s'y détruit et tout s'y renouvelle
Pourquoi ce qui s'y cache et ce qui s'y révèle ;
Si les astres des cieux tour à tour éprouvés
Sont comme celui-ci coupables et sauvés ;
Si la Terre est pour eux ou s'ils sont pour la Terre ;
Ce qu'a de vrai la fable et de clair le mystère,
D'ignorant le savoir et de faux la raison ;
Pourquoi l'âme est liée en sa faible prison ;
Et pourquoi nul sentier entre deux larges voies,
Entre l'ennui du calme et des paisibles joies
Et la rage sans fin des vagues passions,
Entre la Léthargie et les Convulsions ;
Et pourquoi pend la Mort comme une sombre épée
Attristant la Nature à tout moment frappée ;
- Si le Juste et le Bien, si l'Injuste et le Mal
Sont de vils accidents en un cercle fatal
Ou si de l'univers ils sont les deux grands pôles,
Soutenant Terre et Cieux sur leurs vastes épaules ;
Et pourquoi les Esprits du Mal sont triomphants
Des maux immérités, de la mort des enfants ;
- Et si les Nations sont des femmes guidées
Par les étoiles d'or des divines idées
Ou de folles enfants sans lampes dans la nuit,
Se heurtant et pleurant et que rien ne conduit ;
- Et si, lorsque des temps l'horloge périssable
Aura jusqu'au dernier versé ses grains de sable,
Un regard de vos yeux, un cri de votre voix,
Un soupir de mon cœur, un signe de ma croix,
Pourra faire ouvrir l'ongle aux Peines Eternelles,
Lâcher leur proie humaine et reployer leurs ailes ;
- Tout sera révélé dés que l'homme saura
De quels lieux il arrive et dans quels il ira. "

III

Ainsi le divin fils parlait au divin Père.
Il se prosterne encore, il attend, il espère,
Mais il renonce et dit : Que votre Volonté
Soit faite et non la mienne et pour l'Eternité.
Une terreur profonde, une angoisse infinie
Redoublent sa torture et sa lente agonie.
Il regarde longtemps, longtemps cherche sans voir.
Comme un marbre de deuil tout le ciel était noir.
La Terre sans clartés, sans astre et sans aurore,
Et sans clartés de l'âme ainsi qu'elle est encore,
Frémissait. - Dans le bois il entendit des pas,
Et puis il vit rôder la torche de Judas.

Le silence

S'il est vrai qu'au Jardin sacré des Ecritures,
Le Fils de l'Homme ait dit ce qu'on voit rapporté ;
Muet, aveugle et sourd au cri des créatures,
Si le Ciel nous laissa comme un monde avorté,
Le juste opposera le dédain à l'absence
Et ne répondra plus que par un froid silence
Au silence éternel de la Divinité.

 

Le Christ en prière

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Alphonse de Lamartine (1790 †1869)

 

Alphonse-de-Lamartine

Poursuivons notre voyage dans ce début du XIX ème siècle, si proche de nous et si vibrant de son activité artistique.

Nous laissons Monsieur de Chateaubriand pour rencontrer Monsieur de Lamartine.

Laissons de côté ses pérégrinations politiques pour ne s’intéresser qu’à son génie littéraire.

Il serait bien évidemment de bon ton de parler du très célèbre ‘Lac » tiré des méditations poétiques et inspiré par Julie Charles, mais je préfère vous proposer deux courts extraits de poèmes que j’aime tout autant.

 

Le premier  extrait

La fleur tombe en livrant ses parfums au zéphire ;
A la vie, au soleil, ce sont là ses adieux ;
Moi, je meurs; et mon âme, au moment qu'elle expire,
S'exhale comme un son triste et mélodieux.

                                                                                L’automne

 

  Les dernières feuilles

Le second extrait  

 

Pendant que l'âme oubliait l'heure
Si courte dans cette saison,
L'ombre de la chère demeure
S'allongeait sur le froid gazon;
Mais de cette ombre sur la mousse
L'impression funèbre et douce
Me consolait d'y pleurer seul :
Il me semblait qu'une main d'ange
De mon berceau prenait un lange
Pour m'en faire un sacré linceul !

                                                                La  vigne et la maison

La maison de Milly

 

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Alfred de Musset (1810 †1857)

Alfred de Musset

Nous avançons dans notre odyssée à travers le siècle aimé, et nous voici cette fois en compagnie d’un ami

Mathéo devient familier vous dites-vous.

Non, pas vraiment, je vous rassure, mais je le fréquente depuis si longtemps et avec tant de plaisir qu’il me semble  parler aujourd’hui d’un proche, d’un compagnon, j’ai le sentiment d’avoir partagé ses tourments comme il a su apaiser mes chagrins.

Il  est presqu’impossible de parler de lui sans évoquer le nom de Sand, car elle lui fera écrire ses plus belles pages au prix de sa douleur.

Il faut reconnaitre un talent à Sand, à défaut de talent littéraire, elle avait un véritable génie dans le choix de ses victimes.

Les flammes de l’enfer sont trop douces à ce bourreau insatiable.

Mais ne nous emportons pas outre mesure, revenons plutôt au chant du grand Musset, laissons nous bercer par sa muse…

Je vous propose deux extraits

 

Poème dit Tristesse.

J'ai perdu ma force et ma vie,              
Et mes amis et ma gaîté;
J'ai perdu jusqu'à la fierté
Qui faisait croire a mon génie.

Quand j'ai connu la Vérité,
J'ai cru que c'était une amie;
Quand je l'ai comprise et sentie
J'en étais déjà dégoûté.

Et pourtant elle est éternelle,
Et ceux qui se sont passés d'elle
Ici-bas ont tout ignoré.

Dieu parle, il faut qu'on lui réponde.
Le seul bien qui me reste au monde
Est d'avoir quelquefois pleuré.

  Tristesse

 

Nuit de mai


LE POÈTE

Pourquoi mon cœur bat-il si vite ?
Qu'ai-je donc en moi qui s'agite
Dont je me sens épouvanté ?
Ne frappe-t-on pas à ma porte ?
Pourquoi ma lampe à demi morte
M'éblouit-elle de clarté ?
Dieu puissant ! tout mon corps frissonne.
Qui vient ? qui m'appelle ? - Personne.
Je suis seul ; c'est l'heure qui sonne ;
Ô solitude ! ô pauvreté !

LA MUSE

Poète, prends ton luth ; le vin de la jeunesse
Fermente cette nuit dans les veines de Dieu.
Mon sein est inquiet ; la volupté l'oppresse,
Et les vents altérés m'ont mis la lèvre en feu.
Ô paresseux enfant ! regarde, je suis belle.
Notre premier baiser, ne t'en souviens-tu pas,
Quand je te vis si pâle au toucher de mon aile,
Et que, les yeux en pleurs, tu tombas dans mes bras ?
Ah ! je t'ai consolé d'une amère souffrance !
Hélas ! bien jeune encor, tu te mourais d'amour.
Console-moi ce soir, je me meurs d'espérance ;
J'ai besoin de prier pour vivre jusqu'au jour.

LE POÈTE

Est-ce toi dont la voix m'appelle,
Ô ma pauvre Muse ! est-ce toi ?
Ô ma fleur ! ô mon immortelle !
Seul être pudique et fidèle
Où vive encor l'amour de moi !
Oui, te voilà, c'est toi, ma blonde,
C'est toi, ma maîtresse et ma sœur !
Et je sens, dans la nuit profonde,
De ta robe d'or qui m'inonde
Les rayons glisser dans mon cœur.

La poésie

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François René de Chateaubriand  (1768†1848)

 

Si  l’on aime  voyager au cœur du XIX ème siècle, la rencontre avec Monsieur de Chateaubriand est inévitable, avec lui nous contemplons le crépuscule d’un monde, nous admirons l’aube du prochain.

Lorsque je lis la conclusion des mémoires, je veux croire que  les brises marines lui chuchotent combien notre cœur est plein du sien…

Francois-Rene-de-Chateaubriand

 

Notre cœur est un instrument incomplet, une lyre où il manque des cordes, et où nous sommes forcés d rendes les accents de la joie sur le ton consacré aux soupirs.

 

« Homme, la saison de ta migration n’est pas encore venue ; attends que le vent de la mort se lève, alors tu déploieras ton vol vers ces régions inconnues que ton cœur demande. »

                                                                                                                                          René  (1802)

 

***************

 

Venise est là, assise sur le rivage de la mer, comme une belle femme qui va s’étendre avec le jour ; le vent du soir soulève ses cheveux embaumés ; elle meurt saluée par toutes les grâces et tous les sourires de la nature.

                                                                                         Les mémoires d’outre-tombe

 

 

Combien de temps me promènerai-je au bord des bois ?

Mettons à profit le peu d’instants qui me restent ; hâtons-nous de peindre ma jeunesse, tandis que j’y touche encore : le navigateur, abandonnant pour jamais un rivage enchanté, écrit son journal à la vue de la terre qui s’éloigne et qui va bientôt  disparaître.

                                                                                         Les mémoires d’outre-tombe

 

 

Il est six heures du main ; j’aperçois la lune pâle et élargie ; elle s’abaisse sur la flèche des Invalides à peine révélée par le premier rayon doré de l’Orient ; On dirait que l’ancien monde finit, et que le nouveau commence. Je vois les reflets d’une aurore dont je ne verrai pas se lever le soleil

Il ne me reste qu’à m’assoir au bord de ma fosse ; après-quoi je descendrai hardiment, le crucifix à la main, dans l’éternité.

                                                                                         Les mémoires d’outre-tombe

 

la tomba di Chateaubriand

 

 

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Friedrich von Hardenberg dit Novalis

                                     1772 †1801)

 


Friedrich von Hardenberg dit Novalis

 

 

 

Novalis suit les cours de Von Schiller à l’université d’Iéna et se prend en amitié avec les frères Schlegel dont l’idéalisme l’influence profondément.

En 1795, il tombe follement amoureux de la jeune Sophie von Kühn, qui mourra deux ans plus tard, victime de la phtisie.

Effondré par la douleur, le jeune homme se réfugie dans une forme mystique de la poésie.

Il écrit, alors,  les merveilleux hymnes à la nuit.

 

Un jour où je versais des larmes amères, où mon espoir s’évanouissait en douleur, où je me tenais solitaire près du tertre aride dont l’étroite cellule de ténèbres enferme celle qui fut ma vie, solitaire comme jamais nul ne fut solitaire, sans force, réduit à une seule pensée de détresse ; comme je cherchais des yeux un secours,  incapable d’avancer ni de reculer, cramponné de tout mon immense regret à cette vie qui me fuyait et s’’eteignait, voici que des hauteurs azurées, des cimes de mon bonheur passé, un obscur frisson descendit sur moi, et soudain je sentis se rompre le lien de la naissance la chaîne de la lumière.

Disparue, la splendeur terrestre et mon deuil avec elle, ma tristesse reflua pour donner naissance à un monde neuf, insondable.

 Ferveur des nuits, sommeil sacré, tu t’emparas de moi.

Le paysage sembla monter  dans les airs.

Au dessus du paysage planait mon esprit libéré, régénéré.

Le tertre s’évanouit en un nuage de poussière, à travers cette poussière, j’entrevis les traits glorieux de la bien-aimée.

Au fond de ses yeux luisait l’éternité, jr lui pris les mains et les larmes formèrent entre –nous une chaîne étincelante, infrangible.

Des millénaires s’enfuirent à l’horizon, pareils à des nuées d’orage,

Suspendu à son cou, j’inondais de pleurs de délices l’aurore de la vie nouvelle.

Ce fut là, le premier, le seul rêve, et c’est alors qu’est née en mon cœur une foi éternelle et immuable au ciel de la nuit et à celle qui en est la lumière ; La bien-aimée.

IIIe hymne

 

 

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