Au salon
Après diner nous nous retirions au salon,
la famille était réunie pour les vacances,
on sirotait des liqueurs ou des infusions
en profitant de ce moment d'insouciance.
Les femmes brodaient en surveillant les enfants.
Les hommes philosophaient comme chaque soir.
Les gamins se disputaient un jouet en piaffant.
Nous nous rêvions de l'avenir avec espoir.
Les filles parlaient entre elles de leurs amoureux
en prenant garde aux oreilles des garçons.
La naissance du désir brillait dans leurs yeux
car elles ignoraient la brulure des soupçons.
L'été semblait devoir durer toute la vie
Ces soirées sont gravées là dans ma mémoire,
heures de bonheur jusqu'ici inassouvie,
moments de sérénité si illusoires.
Tu étais là mon bel amour, tout prés de moi
Tu déclamais Vigny, Musset ou bien Hugo.
Moi de mon côté je n'avais d'yeux que pour toi
bouleversé sur la banquette du piano.
j'improvisais, inspiré par tes lectures
mais a chaque fois que nos regards se croisaient
forcement je tombais sous ta dictature,
un miroir de feu soudain me galvanisait.
Nous partions nous abrités sous le grand bosquet
Protégeant du regard notre amour grandissant.
Tu as cueilli ma pureté comme un bouquet
et je t'ai laissé faire, un peu rougissant.
aujourd'hui je déserte la grande maison.
Depuis bien longtemps l'insouciance a disparu!
On pense avoir trouvé la voie de la raison
lorsqu'à travers les années on a trop couru.