Aux orphelins de la république
O peuples des siècles futurs!
Lorsque, par une chaude journée d'été, vous serez courbés sur vos charrues dans les vertes campagnes de la patrie; lorsque vous verrez, sous un soleil pur et sans tache,, la terre, votre mère féconde, sourire dans sa robe matinale au travailleur, son enfant bien-aimé; lorsque, essuyant sur vos fronts tranquilles le saint baptême de la sueur, vous promènerez vos regards sur l'horizon immense, où il n'y aura pas un épi plus haut que l'autre dans la moisson humaine, mais seulement des bleuets et des marguerites au milieu des blés jaunissants; O hommes libres!
Quand alors vous remercierez Dieu d'être nés pour cette récolte, pensez à nous qui n'y serons plus; dites vous que nous avons acheté bien cher le repos dont vous jouirez; plaignez nous plus que tous vos pères; car nous avons beaucoup de maux qui les rendaient dignes de plainte, et nous avons perdu ce qui les consolait.
Alfred de Musset (dernier paragraphe du second chapitre de la pemière partie de la confession d'un enfant du siècle)
J’aime ce paragraphe dans lequel de grand Musset s’adresse directement à nous, hommes de son futur, générations enfantées par les déchirements et l’abnégation de ce jeune dix neuvième qui a forgé par sa bravoure et son exaltation et notre histoire, et notre culture.
C’est bien volontiers que je plains ces jeunes gens orphelin s de la république puis de l’empire et qui n’ont eu de cesse tant en 1830 qu’en 1848 de faire de la France une terre de liberté.