Le déménagement
68 n'avait été qu'une mascarade inventé par quelques étudiants nantis et désœuvrés.
Ils avaient suivi un mouvement beaucoup plus profond qui prônait des valeurs telles que la paix, la liberté des mœurs et des aspirations à un bonheur mérité par tous.
En France les ouvriers avaient cru à ce nouveau monde qui semblait alors à portée de main.
Sans doute certains ont-ils pu en tirer profit mais pour notre part ce tourbillon de l'espoir fut la première marche de ma déchéance.
Quelques années après les "événements", nombre de patrons mirent à l'abri leurs capitaux d'autres dérèglement de l'histoire et vendirent à de puissantes multinationales.
La qualité principale d'un dirigeant de grand groupe est de ne pas avoir de sentiment et je puis vous assurer qu'ils n'en ont pas.
En perdant son travail mon père perdit aussi sa foi en lui, en disant cela je relate les faits le plus positivement possible.
L'appartement parisien était couteux, l'avenir incertain, il fallut se résoudre à abandonner notre train de vie.
Nous possédions une résidence secondaire dans une campagne obscure de Picardie, c'est en tous les cas comme ça je la voie encore aujourd'hui.
Nous fumes contraint d'abandonner ce qui était notre univers.
Je me souviens de ces préparatifs de déménagement, chacun emballait ses objets au mieux, mais il nous semblait les porter en terre.
Le piano fut le dernier à partir.
Il fut pris en charge par des spécialistes et je réussis à convaincre mes parents de le suivre.
j'eus la terrible impression de suivre un corbillard et de l'intérieur de cette voiture je regardais défiler les immeubles, les arbres qui m'étaient familier depuis toujours et je leur fis à travers mes larmes le plus vibrant adieu que l'on puisse adresser à sa terre.