Au maréchal Lannes
C’était une de ces nuits confuses et chaudes,
où le sommeil musarde avant de s’approcher.
C’est un moment où l’indolence ravaude
le jour agonisant qui nous a écorchés.
Je sentais mon esprit doucement se mollir,
mes sens, eux même, peu à peu s’affaiblissaient,
et mes paupières n’avaient de cesse de s’alourdir,
Je sentais que ma conscience me trahissait.
Malgré tout, je perçus fort bien le tonnerre,
J’eu assez de lucidité pour entrevoir
La magie de la nuit que la foudre éclaire,.
j’entendis soudain qu’il se mettait à pleuvoir.
Dieu, à Essling on donne encore du canon,
et Pouzet n’est plus qu’un visage ensanglanté.
Comment les autrichiens ont pu briser ces ponts ?
Le champ de bataille semble déjà hanté.
Le grand maréchal git sur l’herbe maculée,
sa jambe gauche est hideusement arrachée.
Partout autour on ne peut voir que chair brulée,
et pas une lieue qui ne soit de sang tachée.
c’est l’aube enflammée qui emporte ce géant.
Illustre Lannes, enfant chéri de France,
J’entends tonner en moi ton combat de titan!
Je vois irradier ta gloire et ta vaillance.