Joli souvenir
Comme je l’ai déjà écrit, enfant j’étais d’une santé fragile et je n’impressionnais guère par ma force. A la rentrée de la dernière année du primaire, une fille aux jolies nattes tressées et à la peau chocolat arriva dans notre école.
Elle était plus adroite que tous les garçons réuni à la dure maîtrise du jeu de bille et n’était pas avare de quelques bonnes raclées si l’occasion s’en présentait.
Ma nature n’étant pas celle d’un bagarreur, loin s’en faut, les six premiers mois se passèrent sans accrochage mais un jour la coupe déborda, l’affrontement se fit inévitable.
Je perdis la bataille et dus me rendre à l’évidence, je m’étais fait littéralement écraser par une fille.
Mon honneur de mâle fut bien long à s’en remettre.
Quelques années plus tard, lycéen, j’eus la surprise de la revoir au conservatoire, et nous rîmes beaucoup de l’aventure en nous reconnaissant. Elle avait beaucoup changé, elle était devenue une jolie demoiselle et j’avoue que d’autres joutes m’auraient bien tenté.
Nous nous sommes vu régulièrement chaque semaine puisque nous avions en commun une heure de cours hebdomadaire, je n’ai jamais osé l’inviter à boire un café mais pourtant j’en ai eu tant de fois l’envie. A la reprise de septembre, elle n’est pas revenue et je sus plus tard que son père ayant perdu son emploi, la famille était partie s’installer en banlieue.
Je pense encore souvent à vous, Isabelle, et chaque fois c’est avec une tendre pensée.