Mon autre moi XII
Il y eut deux grands chocs dans ma jeune vie.
Le premier fut le jour, où le vieux prêtre qui officiait à la paroisse, nous fit découvrir la neuvième de Beethoven.
J’étais à l’époque ce que l’on pourrait définir comme un « apprenti » louveteau, vu mon extrême jeunesse, et à l’audition de cette œuvre je fus littéralement tétanisé.
Envahi par une vague incontrôlable d’émotions.
Sans cette écoute je serais peut être différent aujourd’hui.
Jamais je n’ai oublié cet homme parce qu’il a été le premier à ouvrir mon cœur à la musique.
Le second choc, fut un séisme spirituel et le mot n’est pas trop fort !
J’avais l’impression que j’avais toujours connu ces morceaux, ils s’adressaient directement à mon âme.
J’étais tout simplement hypnotisé…
La toute première fois fut la rencontre avec la Polonaise en la, de celui que je considère depuis comme le plus grand, l’unique, Frédéric Chopin.
Je fus saisi d’une telle passion que je mis à lire toutes les biographies disponibles, à faire maints petits boulots pour pouvoir acheter des disques.
Il y eut cependant un énorme problème, et il subsiste toujours, devant Chopin je restais muet. J’étais incapable de jouer une de ses œuvres tant celles-ci me touchaient.
J’avais un professeur privé et un professeur au conservatoire, aucun d’eux ne put faire tomber cet obstacle.
L’amour était si grand qu’il me laissait désemparé.
Je fréquentais le père la chaise assidûment deux fois par semaine et demeurait prostré devant le monument, je posais silencieusement des tas de questions au maître.
Comment avait-il pu donner une telle âme au piano, comment pouvait-il parler à notre cœur comme par une voix divine?
Christiano de son côté était reparti vivre chez lui, mais nous rejoignait à la moindre occasion.
Il étudiait aussi la musique mais avec beaucoup plus de recul que moi.
Il commençait à trouver du charme aux filles et tentait souvent de m’entraîner dans quelques soirées mais je me montrais toujours distant, inaccessible, trop occupé à me poser toutes les questions qui m’obsédaient.
J’étais même devenu récalcitrant à fréquenter les offices je m’y ennuyais…