Mon vieil ami.
Dis-moi, il y a un bon moment que nous nous n’étions pas vu tous les deux.
Mais rien ne s'oublie, et au premier coup d'œil, les années furent avalées, oubliées, envolées comme le lapin disparait dans le chapeau du mystérieux magicien de cabaret, sauf que pour ce coup là, le prestigitateur est celui de l'éternité.
Nous nous sommes apprivoisés depuis si longtemps à présent….
Tu n'avais qu'un demi siècle de plus que moi et pour toi, ça, ce n'est rien, on peut dire que nous avons vécu notre jeunesse ensemble.
Tu avais encore tes délicieux sièges de bois, non je ne suis pas moqueur, je les aimais bien, je les trouvais beaux.
A l'époque tu affichais clairement la différence des classes, les plus fortunés ne connaissaient que ton existence, pas question de se mêler à la populace!
Les autres consentaient à faire avec toi mais dans tes wagons de première classe, presque toujours vides et au confort plus étudié, même les tickets étaient plus jolis, puis les autres, les petits, nous empruntions la seconde classe aux voitures décorées de visages écrasés contre les vitres aux heures de pointe, mais ça ne m'a jamais dérangé, j'aimais ton odeur particulière, ta musique, tes chaos , lesquels m'avaient bercé depuis le berceau.
J'adorait également la mixité naissante de la ville, les touristes battants des mains à la simple vue de tes stations les plus célèbres, les amoureux se chuchotant à l'oreille ce que les jeunes gens se disent depuis la nuit des temps, les mères de familles tentant en vain d'établir l'ordre auprès de leur marmaille turbulente et les travailleurs, le regard un peu fixe, désabusé, trompant leur ennui par la lecture d'un quotidien nationale.
Pourtant parmi cet échantillon de population on pouvait sans se tromper reconnaitre les véritables Parisiens, ceux-ci semblaient posséder un cinquième sens capable de les laisser dormir pendant le voyage mais de les avertir à l'approche de leur destination.
Bien sûr, tu as perdu un peu de ton charme avec la disparition de tes poinçonneurs au profit de ces portiques sans âme installés à chacune de tes entrées, les plans sur lesquels on pouvait illuminer sa ligne font aussi partie du passé, sans parler de la multitude de titres de transport et de mégots qui jonchaient tes quais.
Aujourd'hui tu es propre juste tagué, aime qui pourra…
Quoi qu'il en soit, même si je ne suis plus le mouflet qui courait en gravissant tes marches et que le temps à fait que je doive à présent, m'aider de tes rampes pour progresser vers le jour, c'est toujours une joie de te retrouver.
Sais tu que j'ai toujours un de tes ticket sur moi, je le balade un peu comme une seconde identité.
Vous êtes Français Monsieur?
Oui Français et Parisien...