La queue du lézard.
Alphonse de LAMARTINE (1790-1869)
(Recueil : Méditations poétiques inédites)
Sur les ruines de Rome.
Un jour, seul dans le Colisée,
Ruine de l'orgueil romain,
Sur l'herbe de sang arrosée
Je m'assis, Tacite à la main.
Je lisais les crimes de Rome,
Et l'empire à l'encan vendu,
Et, pour élever un seul homme,
L'univers si bas descendu.
Je voyais la plèbe idolâtre,
Saluant les triomphateurs,
Baigner ses yeux sur le théâtre
Dans le sang des gladiateurs.
Sur la muraille qui l'incruste,
Je recomposais lentement
Les lettres du nom de l'Auguste
Qui dédia le monument.
J'en épelais le premier signe :
Mais, déconcertant mes regards,
Un lézard dormait sur la ligne
Où brillait le nom des Césars.
Seul héritier des sept collines,
Seul habitant de ces débris,
Il remplaçait sous ces ruines
Le grand flot des peuples taris.
Sorti des fentes des murailles,
Il venait, de froid engourdi,
Réchauffer ses vertes écailles
Au contact du bronze attiédi.
Consul, César, maître du monde,
Pontife, Auguste, égal aux dieux,
L'ombre de ce reptile immonde
Éclipsait ta gloire à mes yeux !
La nature a son ironie
Le livre échappa de ma main.
Ô Tacite, tout ton génie
Raille moins fort l'orgueil humain !
http://hudebinearnaud.fr/galleries_lezard.html
Le texte de Lamartine m’a fait revenir en tête , un vieux souvenir enfoui au fin fond de ma mémoire.
Nous étions partis en ballade, ma mère et moi, dans la vallée de Chamonix, j’étais encore jeune homme et nous aimions passer quelques jours ensemble partageant l’amour de la montagne, de la nature et de la tranquillité loin des agitations citadines.
Au détour d’un lacet nous trouvons un lézard en train de se chauffer au soleil de juillet, nous le regardons, ravis de cette rencontre, à bonne distance pour ne pas le déranger, quand tout d’un coup nous vient aux oreilles le brouhaha d’une colonie de vacances en mouvement.
Aussitôt je me souviens des exploits peu glorieux que quelques-uns uns de mes camarades ex scouts revendiquaient sur ces pauvres animaux.
Pas de volontaires méchancetés mais de malheureuses expériences enfantines dont hannetons, araignées ou lézard avaient fait les frais jadis.
Nous décidons donc, de faire halte devant le rocher pour laisser les gamins passer mais le hasard faisant parfois mal les choses, les accompagnateurs firent une pause juste un peu en contre bas.
Le reptile ne bougeait pas nous passâmes donc deux heures en braves gardiens du petit animal ignorant du danger et le soir venu, dans mon lit je souriais, heureux, d’avoir su préservé la queue d’un petit lézard chamoniard.