Alexis
La première fois que j’ai rencontré Alexis, nous devions avoir un peu moins de douze ans.
Nous partions skier pour Noël et nous appartenions à l’illustre section des grizzlys.
Je dois reconnaitre que si les colonies de vacances me donnaient la nausée, il y avait tout de même une belle recherche dans l’ultra ridicule pour les noms.
Je vivais toujours ce genre de voyage comme un exil injuste et cruel, je n’aimais pas la vie en collectivité, j’avoue que je n’ai guère évolué à ce sujet d’ailleurs.
A l’arrivée nous fumes installés, huit par chambre avec lits superposés.
Evidemment premières frictions ne se firent pas attendre, la règle est la même depuis la nuit des temps, les plus costauds choisissent et les plus faibles affichent un air ravi pour ce qu’on veut bien leur laisser tentant ainsi de ne pas perdre tout à fait la face.
Je n’avais rien d’une terreur mais j’étais plutôt plus grands que les autres ce qui me permit d‘accéder sans trop de difficulté à la place de mon choix, un garçon vint s’installer sans mot dire au dessous.
Nous devions être les deux silencieux de la bande car il régnait déjà un joyeux chahut dans la chambrée.
Pour ma part la priorité était de ranger au mieux mes vêtements, je n’aime pas être mal vêtu, les vêtements froissés me fond grincer des dents et c’est toujours le cas.
Au dîner nous fumes repartis de la même façon que pour le coucher, nous mangions à six heures du soir car le restaurant était ensuite réservé à une clientèle ordinaire.
Il s’agissait donc d’être à l’heure et de ne pas être trop lents pour se sustenter.
Les monos guettaient la moindre sottise lorsque nous regagnions vers 19H30 l’étage pour nous punir avec une extinction des feux plus que précoce, ce qui leur permettait ensuite de sortir en eux.
Et oui c’était de leur âge.
La combine nous satisfaisait également puisqu’il suffisait que les guetteurs donnent le signal du départ des derniers moniteurs pour que nous nous adonnions au vacarme absolu.
Je crains que nous ayons à répondre d’une sévère perte de clientèle à notre hôte.
Nous adorions jouer à l’assassin !
Le détective tiré au sort devait sortir et ne rentrer qu’au cri déchirant et surtout perçant de la victime que nous avions désigné en son absence.
Les braves dames attablés en bas en ces moments d’intense tragédie durent penser qu’on assassinait dans les combles et sans doute demandèrent à leur galants d’éviter au soir prochain cette ‘auberge rouge ».
Je vous rassure mes amis, n’étant pas bon comédien, je ne fus pas souvent assassiné…